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14.01.2008
La fête est finie
Voici déjà la mi-janvier. Les fêtes de fin d’année sont déjà bien loin, séparées de nous par deux semaines de grisaille et de pluie. Nous avons tous repris le collier. Ainsi en va-t-il chaque année. Le 2 janvier est le pire jour de l’année.
Alors, certes, il est de bon ton, à l’approche de Noël, de s’offusquer de cette grande foire à la consommation, des Pères Noël au sourire niais, des rennes stupides traînant des luges chargées de packs Orange et d’écrans plats ; des orgies de foie gras, des couleurs criardes, des sourires plastifiés sur l’affiche au-dessus d’un mendiant.
Ce sont même plus souvent des non-croyants qui se scandalisent de la grande perversion de Noël, où l’on célèbre, il faut de plus en plus souvent le rappeler, la venue de Dieu comme un enfant d’une famille pauvre de Palestine. Peut-être les autres parviennent-ils à se dire que, même s’il y aura la douzaine d’huîtres et le sapin, ils n’oublieront pas l’essentiel.
Je suis allé à la messe me rappeler de l’essentiel, et j’ai mangé du foie gras.
Et j’ai cherché une fois encore à revivre Noël avec les yeux de l’enfance en plus de ceux du chrétien. A m’émerveiller des ors et des guirlandes, des feux et des lumières, des villes illuminées, des vitrines, à espérer simplement quelques heures de joie.
J’ai plaint ceux pour qui les fêtes ne sont que des réunions de famille en forme de corvée rituelle et j’ai tenté de retenir chaque minute du « Gloria » de la messe dite de minuit. J’ai voulu faire mienne l’explosion de joie des anges annonçant « la bonne nouvelle pour tout le peuple », en me moquant éperdument que la vraie Nativité ait probablement eu lieu en avril. Du reste, l’Eglise n’a jamais prétendu que le 25 décembre en était le jour anniversaire.
Non : en plaquant l’une de ses deux plus grandes fêtes sur les Saturnales, elle a touché à l’essentiel. Il fallait une fête et une débauche de joie dans les jours les plus noirs, un viatique avant que d’affronter l’hiver.
Noël, jour de l’An passés. Finis les repas, finis les sourires, finie la joie. Dès le 2, on a vite arraché les décorations, démonté les sapins, dépendu les guirlandes. Vite, les supermarchés se sont envahis du Blanc : le linge de maison, symbole de labeur et de monocorde, balaie les mille couleurs de décembre. Vite, les soldes, vite, la reprise du travail, vite la rentrée pour tous. Tirez le rideau. La joie ne saurait exister en-dehors des étroites limites légales. La production (de quoi ? certes pas de bonheur) doit reprendre.
Aussi vite est venue la pluie.
On a balayé les couleurs et vite soufflé les petites bougies de bonheur allumées dans les yeux des enfants, et de ceux qui cherchent à l’être encore un peu.
Nous voilà seuls maintenant, face à l’implacable hiver.
Nous voilà dans la nuit et le froid, courbant le dos. Plus rien à espérer, une année de plus.
Si dopées à la réclame, si consuméristes, si convenues qu’aient été les fêtes, n’était-il pas triste de les bouder avec hauteur ? Ne valait-il pas mieux savourer jusqu’à la dernière goutte cette toute petite bouffée de lumière... d’attente de joie, et de joie ?
20:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cuchlainn, fêtes fin d'année, noël, chrétien, bonheur



