13.05.2008

Le retrouver

Il existe des endroits où l’on peut rencontrer Dieu.

J’en reviens, et je crois que ça tombe bien, car depuis quelque temps il m’avait un peu abandonné. Ou plutôt, je crois que c’est moi qui l’avais abandonné. Peut-être que je ne savais plus écouter. Je n’entendais que les cris de douleur, de colère et d’effroi du monde, au point de ne plus distinguer le reste.

Dieu m’aurait abandonné ? Ceux qui suivent un tantinet ce blog savent à quels épisodes je peux faire allusion. Cela n’a rien de cataclysmique tout cela, même si c’est fort désagréable. Pas de quoi, donc, employer une telle formule.

Je me suis simplement laissé détruire par des mots. C’est très puissant, un mot. Aussi, quand j’y repense, c’est juste cela. Des feux roulants de dénigrements, de mépris, quelques menaces aussi, vides de sens, mais qui ont porté. Ils ont suffi à renverser de bien minces fondations, à effacer ce que je croyais ancré. Ils n’ont laissé que le doute.

Des mots peuvent-ils suffire à reconstruire ? Et bien, paradoxalement il ne le semble pas. Encore faut-il faire l’expérience émotionnelle de leur poids, de leur valeur. Parfois, dix personnes vont vous tenir un même discours et vous n’y croirez pas. Et puis la onzième va dire exactement la même chose, mais à cause de Je ne sais quoi, ses mots à elle vont porter.

Lorsque ce sont des mots qui remettent debout, et qui soignent les plaies du coeur, alors c’est peut-être ce qu’on appelle un moment de grâce.

Dans cet endroit, qui s’appelle la Baume – un nom prédestiné si l’on veut bien jouer sur l’article – j’ai entendu de telles paroles. Elles sont venues de toutes les personnes présentes autour de notre couple, ces deux jours-là. Et parce que nous étions là, elles ont porté à leur tour.

« Il n’y a aucun monde parfait. Vous ne ferez ni le bien ni le mal : vous ferez de votre mieux ». C’était tout simple.

Je voyais un monde vidé d’amour et de bienveillance. Où les coeurs des hommes desséchés jusqu’à l’infini, roulaient comme des pierres noircies en s’entrechoquant au rythme de la haine, de la barbarie et du mépris. Ce monde, vous savez, il s’étale sur vos écrans, il barbouille de jaune et noir la tranche de vos livres, il étale sur les rayons des librairies des bruns noirs et rouges sordides. Jusqu’aux jeux vidéo à la mode qui font mine de croire que la sauvagerie et la cupidité sont les uniques moteurs survivants et valables des actions humaines.

Une fois de plus, c’est presque vrai, et cela suffit pour que ce soit entièrement faux.

Puisque la Baume existe.

Puisque Dieu existe, aussi.

Cela fera, à n’en douter pas, ricaner des lecteurs. Et la gent psychiatre pour qui l’homme religieux n’est qu’un modèle particulièrement méprisable d’attardé mental.

Je l’avais bien perdu. Le ciel était vide et silencieux. Il ne répondait à rien ; et puis, aurait-il pu reconnaître une telle humanité ?

N’était-il donc plus qu’une simple construction intellectuelle ? Un nuage, un brouillard de mots censé étayer des discours, certes humanistes, mais après tout, reposant sur quoi ? De fragiles témoignages... Des faits dont on n’a plus vu les pareils depuis si longtemps. Quelques pages d’un livre.

Dieu ne pouvait se laisser retrouver ainsi. Cent fois j’ai plaidé sa cause en moi-même. Cent fois en vain. Il a suffi de ces deux jours, de ces rencontres, de quelques versets d’un psaume – et de nouveau, Il était là. Comme une évidence.

Cela me suffit.

 

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Commentaires

Un baume de mystère, réconfortant et réparateur...
Intéressant.
Il ne me viendrait pas à l'esprit de ricaner ; juste de m'interroger, davantage encore...

Ecrit par : Aude | 13.05.2008

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