22.08.2008

Chronique d’une dépression ordinaire (?) – VI - Langueur

Il y avait longtemps que je n’avais plus blogué. Cela tient autant à une moindre disponibilité personnelle qu’à des incertitudes sur le vrai rôle de ce blog. Tiens, il est amusant que j’ouvre cet article par une sorte d’excuse à l’adresse d’un hypothétique nombreux lectorat. Comme s’il existait. Tordant.

Comment donc, utiliser ce blog ? Il a toujours alterné entre pâle copie des Chroniques de l’Ornithorynque de notre cher Sana, poésie de comptoir, et véritables notes au jour le jour, enfin, la semaine, le mois. Ce que devait être un blog au départ. Un journal « intime » placardé sur la Toile, dans une savante alchimie d’anonymat fantasmé et de célébrité illusoire.

Et si je faisais comme je voulais, sans publier une note comme on passe un examen, ayant écrit une belle rédaction. Tant pis pour le lecteur. Tant pis pour toi, pauvre.

Il paraît que ma dépression n’est pas terminée. Il est vrai que j’agis toujours aussi peu avec goût. J’agis, certes, mais parce que c’est très, très mal d’être apathique. D’éminents membres du corps médical vous parlent de bénéfices secondaires. C’est une façon de vous dire « vous n’avez rien, un coup de pied dans le cul et au boulot », mais à 39 euros la séance. Juteux. J’agis, donc, je gesticule avec une énergie simulée et une conviction si bien feinte qu’elle me bluffe parfois. De toute façon, l’apathie ne m’apportera rien, sinon le mépris des autres et surtout le mien.

La vie, est-ce chercher le bonheur, ou se faire violence pour faire son devoir ?

Le devoir, c’est une ligne d’arrivée qui recule dès que vous en approchez, mais quiconque cesse de courir est haïssable.

Il aura sur le dos sa famille, ses amis, son patron, Serge Dassault, Nicolas Sarkozy. Car il faut botter le cul à la France. C’est un programme.

Avec soixante trois millions six cent mille et quelque autres bipèdes, je suis la France. Cocoriquons ! J’agis, donc, parce qu’ensemble tout devient possible. Même de se forcer sans coeur, pendant des mois et des années. Ainsi, je ne suis plus un fainéant qu’à mes propres yeux (pour combien de temps ?)

Il est des constantes que les faits ne sauraient démentir. Parce qu’on ne change pas l’essence des choses juste par des actes. Ainsi, un sportif français peut bien rafler titres et médailles par wagons, il sera toujours un loser. Le jour où il perdra, il sera juste de le lui rappeler. Ainsi, l’Olympique Lyonnais, après sept titres de champion consécutif, est-il toujours un club qui ne gagne jamais rien, ainsi a-t-on pu en dire : « Lyon ? Six titres (oui, c’était l’année dernière) et toujours aucun palmarès. »

De même, quoi que je fasse, je suis quelqu’un qui ne travaille pas, ne lève jamais le petit doigt. Il ne me suffit pas de travailler pour effacer cette vérité gravée dans le marbre. Ainsi nos défauts ou supposés tels un beau jour sont-ils inaltérables. Car les faits ne sont rien, le jugement des autres est tout, et les autres sont libres de nier les faits en pleine justice.

Nous ne saurions en être libre. Devoir et jugement. Le bonheur est égoïsme.

 

Avec tout ça, il se dit que nous allons rentrer à Lyon. Nous allons tout y retrouver, et vivre. Ailleurs, on peut étudier, travailler, éventuellement être malade, ou pis. Mais question de vivre, il n’y a que Lyon.

 

Voilà beaucoup de questions posées, et aucunes certitudes. Ma tête est un immense chantier, au milieu duquel une caisse à outils est renversée. Je ne sais me servir d’aucun, je voudrais bien construire quelque chose moi, mais je ne sais pas par où commencer, et un contremaître aboie.