26.04.2009
La pluie
Deux notes en un seul jour ! Que m'arrive-t-il ? Je n'en sais rien, mais j'écris...
Un simple dimanche de pluie. Nous restions sur quelques magnifiques journées ; vendredi c’était presque l’été dans le sud des Monts du Lyonnais. Les versants exposés au soleil se gonflaient de chaleur, sous un ciel éclatant, et c’était toute la polychromie de notre beau département qui se déployait. Verts scintillants et profonds portés par le réseau des troncs et des branches aux teintes soudain devenues chaudes ; une touche de jaune d’or à chaque genêt ; semis de pourpre des silènes, des pulmonaires, ocre des chemins, constellations de maisons claires ou rosées, sous ce bleu profond, à peine adouci d’un voile de brume ; et, mais oui, le concert des grillons.
Hier des masses de plomb ont roulé au-dessus des Hauts du Beaujolais ; sombres au-dessus des pins sombres, des fermes aux murs de ce porphyre rouge couvert de mousse tendre, des villages qui sont ici perchés sur un piton au coeur des crêtes noires. Quelques gouttes, et l’alouette interrompt ses cabrioles, le bruant se tait, seule la Fauvette protégée par l’épais sous-bois lance au début de l’averse ses notes fraîches comme un matin de mars.
Et cet après-midi, nous sommes en ville, et il pleut. La rue est grise, le trottoir est gris, suintant d’une eau crasseuse, et l’on n’entend que le fracas des voitures qui errent sans but dans un bruit d’éclaboussures.
Mais non ! Dans le jardin d’en face, ce jardin en sursis, un merle s’est mis à chanter, insoucieux de la pluie, insoucieux du trafic, insoucieux de toute la laideur du terne Villeurbanne, insoucieux de l’ennui des hommes cloîtrés avant que de reprendre le collier, il lance, il projette sur le ciel ses gouttes à lui, gouttes flûtées, plus brillantes, plus légères, plus belles que la pluie sur la ville.
Un camion passe et lance on ne sait pourquoi un sifflement de vapeur qui déchire les oreilles. Un deux-roues porte l’estocade de son raffut prétentieux et inutile. La brève éclaircie s’est refermée, le merle s’est tu.
Des formes encapuchonnées passent d’un pas agacé. La pluie bat les feuilles dont le vert demeure beau. Elle bat les tuiles dont le brillant attire. Un jardin est beau, même sous la pluie. Mais puisqu’il n’y a rien à faire, puisque tout est inutile, fors le chant du merle, pourquoi tant de voitures dans cette rue morte ? Pourquoi jamais trois petites secondes de répit ?
La pluie forge une cage où la rêverie est recluse, tourne en rond, sans fin. Le bruit la martèle, la torture. Elle ne peut aller plus loin que de l’autre côté de la rue, où le merle s’est remis à chanter. La poésie ne brise plus le couvercle des nuages, le poids de l’ennui, le verrou de l’habitude. Et rien n’a été fait.
Le soir tombe, silencieux et glacé, comme la pluie, qui n’a pas cessé.
19:22 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cuchlainn, pluie, poésie, ville, printemps




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Commentaires
La poésie vivante fuse au travers de chacun de vos mots, sensibles et profonds, Cuchlainn.
Ecrit par : Aude | 26.04.2009
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