28.05.2009
Le pèle-cul (2)
Le pèle-cul (2)
Grande est la diversité des pèle-cul ; quant à leur fréquence, j’en ai peur : leur nom est Légion. Depuis mon précédent opuscule, je connais, qui l’eût cru, plusieurs automobilistes de bonne famille et de réputation inattaquable qui appliquent au volant la taxonomie pelcuistique, entendez par là qu’ils pensent à mon blog en écumant de rage derrière un spécimen notoire, débusqué au coin d’une départementale. Le mot va-t-il passer dans le langage courant ? j’en serais bien fier, une telle trace dans la postérité ! un Puitspelu du volant, que je serais.
Profitons encore de ce verbeux introït pour trancher une question : non, et non, Pèle-cul ne dérive absolument pas de Peigne-cul, vous savez, cet énergumène qu’on voit parfois chez la Montalant, quand on revient, entre notaires, du bar de l’hôtel des Trois Faisans, Monsieur le commissaire. Le peigne-cul n’est qu’un vulgaire blanc-bec spotté à travers des besicles de géronte, ce qui s’accorde mal avec l’âge respectable, voire canonique d’un grand nombre de Pèle-culs.
Revenons donc à la classification et étudions ensemble de nouveaux taxons.
Le Pèle-cul hésitant : Pelcus dubius
Le comportement de ce modèle essentiellement urbain s’explique par le fait qu’il cherche sa route, ne possède pas de plan, ou ne sait pas le lire, mais a néanmoins, pour notre malheur, une idée approximative d’où il se trouve. Il doit tourner, par là, dans une p’tite rue à gauche, ou à droite. C’est là. Non, c’est pas là. Mais si, j’y r’connais. Mais non, c’est la rue Machin, pas la rue Truc. Oui mais la rue Machin elle tombe dans la rue Truc après. Mais là t’as un sens interdit ! Mais non, mais si. Bref. L’individu fait mine de s’emmancher dans toutes les rues qui ont l’air Machin, ou bien Truc, après avoir cahoté à vingt à l’heure depuis le dernier carrefour, en zigzaguant de droite et de gauche à l’affût d’un nom de rue – et comme ils se font rares... Je vous recommande la version trente-cinq tonnes, surtout quand elle s’immobilise en diagonale de la rue pour demander, pour la cinquième fois en cent mètres, son chemin à un passant, qui n’en sait rien, vu qu’en fin de compte, il est au mauvais bout de la ville. On pourrait imaginer de lutter contre la prolifération de Pelcus dubius par la distribution massive de GPS, mais vous trouverez dans les archives de 2007 ce que j’en pense.
Le Paralytique du feu rouge : Pelcus meldensis
Comme son nom l’indique, le nord de la Seine et Marne est un hotspot pour cette espèce. Elle est facile à reconnaître. Mis en présence d’un feu rouge, ce Pèle-cul ci, soudain frappé d’aboulie, ou d’amnésie, fera à peu près tout, sauf passer la première et démarrer. Placé derrière lui, vous le verrez gesticuler, plonger vers son rétroviseur de droite, de gauche, sa boîte à gants, sa banquette arrière, brandir son portable, régler son GPS, fourrager dans un sac, lire les cours de la Bourse à son passager, construire un château de cartes, gratter le ventre d’un raton-laveur ou autre activité enrichissante. Pendant laquelle, bien entendu, le chronomètre tourne, tourne et il ne tourne pas en faveur du vert, comme on le sait bien à Geoffroy-Guichard par les temps qui courent. Passez en revue toute la gamme des signaux ordinaires, de l’appel de phares au coup de klaxon ; disposeriez-vous même de la corne de brume du France, le Pèlecul est entré dans une dimension parallèle inaccessible aux ondes sonores et lumineuses : la Porte mystique qui le ramènera enfin sur notre terre ne réagit qu’aux feux oranges. C’est bête, hein ? Ce qui l’est encore plus, c’est que le jour où vous vous trouverez en pole position au feu de la gare de Meaux (mais que faites-vous là, malheureux ?) et lui en seconde ligne, il déclenchera le coup de semonce à feu vert plus trois dixièmes.
Le parent modèle : Pelcus pater (mater)familias
Celui-ci, vous le voyez de loin : en effet, il ne roule pas en Touinegot. Ben non, pour charrier son abondante marmaille, il lui faut l’un de ces longs véhicules que l’on nomme, dans les milieux autorisés, des Bétaillères à cathos : monospace de couleur neutre (souvent noir), récent, propret, les vitres arrières recouvertes de pare-soleil Disney fixés à la vitre par une ventouse centrale, un pendigolon Bébé à bord, un autocollant Vacances à La Rochelle évidemment, je crois qu’on a tout. Le conducteur (ou la) mène à la nounou, ou bien à l’école les merveilles du monde numéros huit, neuf, dix et onze qui constituent tout ou partie de sa progéniture. L’ennui, c’est qu’il (elle) est seul(e) au volant, puisque l’autre travaille déjà, à l’heure qu’il est ; il a pris le métro, le vélov ou plus probablement l’autre voiture, et là, c’est le drame. Que pèsent, en effet, les contingences du bitume quand à l’arrière, rayonne le soleil du sourire de Jade, vingt mois, Nathan, huit mois et Lisa, trois ans et demi ? C’est donc tourné vers l’arrière que le Pèlecul progresse, et fatalement ça ne va pas vite ; bien entendu, chaque décamètre est prétexte à un ralentissement qui va jusqu’à l’arrêt, pour tendre un jouet à l’un, gouzigouzir l’autre ou prêter une oreille attentive au troisième qui raconte comment la maîtresse, elle a dit à Titouan qu’il était pas gentil, na ! Le comportement tient donc de plusieurs des catégories déjà énumérées, en une magistrale synthèse qui écume nos quartiers chics – et même les autres – aux heures de pointe, juste après le pic de passage de P. laborator. Comme conduite à tenir, il est préconisé d’établir une cartographie rigoureuse des établissements scolaires et d’éviter comme la peste les rues avoisinantes à la sogenannte Heure des mamans.
Demain, peut-être, les GPS intègreront un détecteur de pèle-cul, établi grâce à la typologie que vous avez découverte ici, faisant la fortune de son auteur, qui bloguera ainsi sur l’angoisse existentielle du multimilliardaire retiré sur une propriété fortifiée de l’Ouest lyonnais. Et après ? Oh, je ne m’inquiète pas : un petit personnage très médiatique et bien connu trouvera certainement à faire voter une loi.
22:50 Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cuchlainn, caricature, conduite, automobile




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Commentaires
Ah! Le retour du pèle-cul! On peut croiser une variante du Pelcus pater (mater)familias à la sortie des instituts privés bien comme il faut, avec à l'arrière Marie-Pélagie, Anne-Bénédicte et Pierre-Joseph, mais le résultat est peu ou prou le même, et comme la principale entrée (sortie) de l'institut privé en question donne évidemment sur une rue à une seule file et en sens unique, cela provoque des bouchons dans tout le quartier.
Ecrit par : Marie | 28.05.2009
Enfer et damnation !!! Toujours pas de pèle-cul de la voix du milieu, le "pelcus médium", pourtant dieu sait qu'il en emmerde celui-là sur toutes les autoroutes de France et de Navarre...
Ecrit par : Celt | 30.05.2009
Il existe tellement de catégories que pour l'instant je ne donne pas la priorité à l'une des plus connues et des plus décrites, avec plusieurs dizaines de groupes Fessebouc à leur gloire...
Par ailleurs, dans le premier article, je faisais l'hypothèse que Pelcus mediambulans puisse n'être qu'une sous-espèce de Pelcus pelcus...
Ecrit par : Cuchlainn | 30.05.2009
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