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        <title>Cuchlainn ou l'histoire de la cruche fendue</title>
        <description>Heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière !</description>
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        <lastBuildDate>Tue, 03 Jun 2008 21:47:28 +0200</lastBuildDate>
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                <title>La néolithisation en marche</title>
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                <author>noreply@ (Cuchlainn)</author>
                                <pubDate>Tue, 03 Jun 2008 21:47:28 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La néolithisation est un phénomène fascinant. Par elle, nous sommes passés d’une économie de prédation à une économie de production. Nous avons inventé le pain, le fromage, les gâteaux, la charcuterie, la viande fumée, le hareng en caque. Nous avons inventé les rendements, les plans quinquennaux, les projections, les comptables, les économistes.&lt;br /&gt; Nous avons cessé de courir après les mammouths et les antilopes et découvert qu’on pouvait les mettre dans un enclos, puis attendre qu’ils soient à point. D’accord, avec le mammouth, ça n’a pas marché. Ça doit être à cause des clôtures. L’homme du dixième millénaire n’avait pas encore à sa disposition le fil de fer barbelé, le clou cavalier, le fil électrique ni le générateur, qui se branche sur le fil au coin du pré et qui fait tic tic tic.&lt;br /&gt; Et qui vous fait faire aïe aïe aïe si vous attrapez le fil.&lt;br /&gt; Et voilà pourquoi il a laissé s’enfuir tous les mammouths. Jusqu’en Sibérie, où là-bas, ils ont, à défaut de les cuire, appris à les surgeler. Il semble juste qu’ils aient tendance à les oublier au fond du congel.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On oublie vite les choses au fond du congel, surtout quand il est dégivré aussi fréquemment que les podzols de Sibérie centrale. Il y a dix ans, j’habitais une chambrette dans une maison de Poitiers où une cuisine était partagée entre trois logements étudiants. Donc, le frigo, et son congel aussi. Lui, n’avait plus dû être dégivré depuis l’origine. Que je situai au début de l’avant-dernière décennie du siècle. Ça faisait donc beaucoup de glace. Il n’y avait plus qu’un petit trou au centre, où l’on pouvait à peu près introduire le poing. Ou bien un steak haché. Certainement pas la pizza que je projetais d’y stocker.&lt;br /&gt; J’ai annoncé à la cantonade mon projet de dégivrer l’animal. Dans la demi-heure, la totalité de mes voisins s’est découvert un week-end programmé de longue date, un ami à voir à La Rochelle, une grand-tante au plus mal. J’étais donc seul, face à la glace et au froid. Un Jean-Louis Etienne des cuisines du Poitou.&lt;br /&gt; En fait de blizzard, j’eus naturellement droit aux grandes eaux de Versailles dans toute la pièce. Enfin, surtout à côté de toutes les cuvettes, sainces et wassingues en tous genres disposées autour de l’objet.&lt;br /&gt; La glace fondit. Le trou s’élargit...&lt;br /&gt; Et je découvris...&lt;br /&gt; Un mammouth. Enfin, un morceau de mammouth. Ou d’autre chose. Peut-être de la purée de carottes. Ou du gratin de courge. C’était orange, parallélépipédique, et cela se dégageait lentement de la glace. Si c’était un mammouth, c’était un jeune. Je dis ça, parce qu’il n’y avait pas de défenses.&lt;br /&gt; Par chance, en ces temps héroïques du tri sélectif, un même sac était dévolu aux restes de légumes et aux pachydermes pléistocènes. Je n’ai donc pas eu à goûter.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La néolithisation nous a aussi appris qu’il n’était plus nécessaire de courir après les herbes et les fruits. Il suffisait de les planter, et de venir récupérer plus tard, au même endroit. D’où cette idée géniale, de planter côte à côte plusieurs végétaux intéressants. Tous pareils, tant qu’à faire. Vous riez, mais ça a mis des siècles et des siècles à remonter le Danube d’un côté, la Méditerranée de l’autre, pour venir frapper nos ancêtres pas-encore-les-Gaulois.&lt;br /&gt; A la suite de quoi, on récupérait à l’extrémité de graminées médiocrement soumises des grains jaunasses qui broyés, bouillis, donnaient une triste mais régulière provende. Enfin, régulière. Pour en être sûr, mieux valait ne pas oublier de chanter une mélopée tourné vers l’est, au solstice. En ces temps pauvres en assureurs militants, on n’était jamais trop prudent.&lt;br /&gt; Cette phase de l’histoire humaine a duré longtemps. En fait, elle se poursuit toujours. Il se trouve des recoins de planète où l’on broie toujours le maigre fruit de céréales ensauvagées, pour en tirer un rudimentaire produit à passer au feu avant ingestion. L’ennui, c’est que la cuisine de mes parents en fait partie. Il n’y a pas trois semaines de cela, donc en plein vingt et unième siècle, ils ont brandi triomphalement une boîte contenant, proclamait-elle, une « préparation pour galettines de céréales ». Ladite poudre consistait en une farine de céréales primitives, mêlée de haricots Azuki. Il s’agit, paraît-il, non pas de nourriture pour champions de volley mais du plus digeste de tous les haricots. Ouf. Manquerait plus que bouffer Chalcolithique aggrave l’effet de serre, non plus.&lt;br /&gt; Atterré, je cherchai des yeux la meule dormante qui avait pu servir à moudre ces tristes grains. Et la série de pots en grès qui trône sur un rayonnage ne m’a jamais paru si campaniforme. Sinon cardiale.&lt;br /&gt; « Tu vas voir, c’est comme des crêpes, en plus épais ». Ben dans ce cas, autant faire de vraies crêpes, bien de chez nous, et qui ne sentent pas à plein nez le courant culturel Rubané et l’industrie lithique à feuilles de laurier. Une fois cuite – avec des méthodes en anachronisme certain avec le produit, et la démarche – la chose se présenta sous les espèces d’un disque irrégulier, de quelques millimètres d’épaisseur, à la couleur de vraie crêpe.&lt;br /&gt; Le goût était celui de farine aux épinards. J’ai compris, ce jour-là, que nos ancêtres avaient dû se demander un bout de temps, à chaque bouchée, si vraiment, passer à l’économie de production avait été une bonne idée. Et ce, avant même d’avoir inventé les économistes et les collecteurs d’impôts.&lt;/p&gt; 
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                <title>Le retrouver</title>
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                <author>noreply@ (Cuchlainn)</author>
                                <pubDate>Tue, 13 May 2008 22:09:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il existe des endroits où l’on peut rencontrer Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;J’en reviens, et je crois que ça tombe bien, car depuis quelque temps il m’avait un peu abandonné. Ou plutôt, je crois que c’est moi qui l’avais abandonné. Peut-être que je ne savais plus écouter. Je n’entendais que les cris de douleur, de colère et d’effroi du monde, au point de ne plus distinguer le reste.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Dieu m’aurait abandonné&amp;nbsp;? Ceux qui suivent un tantinet ce blog savent à quels épisodes je peux faire allusion. Cela n’a rien de cataclysmique tout cela, même si c’est fort désagréable. Pas de quoi, donc, employer une telle formule.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Je me suis simplement laissé détruire par des mots. C’est très puissant, un mot. Aussi, quand j’y repense, c’est juste cela. Des feux roulants de dénigrements, de mépris, quelques menaces aussi, vides de sens, mais qui ont porté. Ils ont suffi à renverser de bien minces fondations, à effacer ce que je croyais ancré. Ils n’ont laissé que le doute.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Des mots peuvent-ils suffire à reconstruire&amp;nbsp;? Et bien, paradoxalement il ne le semble pas. Encore faut-il faire l’expérience émotionnelle de leur poids, de leur valeur. Parfois, dix personnes vont vous tenir un même discours et vous n’y croirez pas. Et puis la onzième va dire exactement la même chose, mais à cause de Je ne sais quoi, ses mots à elle vont porter.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Lorsque ce sont des mots qui remettent debout, et qui soignent les plaies du coeur, alors c’est peut-être ce qu’on appelle un moment de grâce.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Dans cet endroit, qui s’appelle la Baume – un nom prédestiné si l’on veut bien jouer sur l’article – j’ai entendu de telles paroles. Elles sont venues de toutes les personnes présentes autour de notre couple, ces deux jours-là. Et parce que nous étions là, elles ont porté à leur tour.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;«&amp;nbsp;Il n’y a aucun monde parfait. Vous ne ferez ni le bien ni le mal&amp;nbsp;: vous ferez de votre mieux&amp;nbsp;». C’était tout simple.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Je voyais un monde vidé d’amour et de bienveillance. Où les coeurs des hommes desséchés jusqu’à l’infini, roulaient comme des pierres noircies en s’entrechoquant au rythme de la haine, de la barbarie et du mépris. Ce monde, vous savez, il s’étale sur vos écrans, il barbouille de jaune et noir la tranche de vos livres, il étale sur les rayons des librairies des bruns noirs et rouges sordides. Jusqu’aux jeux vidéo à la mode qui font mine de croire que la sauvagerie et la cupidité sont les uniques moteurs survivants et valables des actions humaines.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Une fois de plus, c’est presque vrai, et cela suffit pour que ce soit entièrement faux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Puisque la Baume existe.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Puisque Dieu existe, aussi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cela fera, à n’en douter pas, ricaner des lecteurs. Et la gent psychiatre pour qui l’homme religieux n’est qu’un modèle particulièrement méprisable d’attardé mental.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Je l’avais bien perdu. Le ciel était vide et silencieux. Il ne répondait à rien&amp;nbsp;; et puis, aurait-il pu reconnaître une telle humanité&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;N’était-il donc plus qu’une simple construction intellectuelle&amp;nbsp;? Un nuage, un brouillard de mots censé étayer des discours, certes humanistes, mais après tout, reposant sur quoi&amp;nbsp;? De fragiles témoignages... Des faits dont on n’a plus vu les pareils depuis si longtemps. Quelques pages d’un livre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Dieu ne pouvait se laisser retrouver ainsi. Cent fois j’ai plaidé sa cause en moi-même. Cent fois en vain.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il a suffi de ces deux jours, de ces rencontres, de quelques versets d’un psaume – et de nouveau, Il était là.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Comme une évidence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cela me suffit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Book Antiqua&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt; 
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                <title>Il s'appelait Amédée (2)</title>
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                <author>noreply@ (Cuchlainn)</author>
                                <pubDate>Wed, 16 Apr 2008 12:20:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;«&amp;nbsp;Passé au 158&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Régiment d’Infanterie le 30 septembre 1915&amp;nbsp;». Cette ligne expédiait Amédée Cognet en Artois.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il n’y a guère que deux possibilités de lire le mot «&amp;nbsp;Artois&amp;nbsp;» de nos jours. D’abord pour évoquer un match du Racing Club de Lens. Ensuite pour l’accoler au chiffre 1915.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Mil neuf cent quinze, l’année terrible, l’année vaine. Aux yeux des hommes, partis pour deux mois, il y a longtemps, si longtemps que la guerre dure. A nos yeux, il reste longtemps, si longtemps avant qu’elle ne s’achève. 1915 est surtout l’année des offensives manquées. Du sanglant apprentissage du front fortifié, inviolable. L’Artois&amp;nbsp;: tranchées sommaires, barbelés, escalades mortelles de buttes transformées en citadelles de boue. Squelettes torturés des machineries de mine. Au-dessus du monde noir des galeries et des fosses, le monde terreux des tranchées et des boyaux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Souchez se trouve là. On y est encadré de collines, de ces crêtes allongées qui commandent la plaine, qui empêchent de déferler sur le bassin minier de Lens et de Douai. Au printemps, la première colline, celle de Lorette, a été prise. On a dévalé la pente et emporté, pied à pied, pierre à pierre, le village, transformé par les Allemands en cuvette inondée, hérissée de mitrailleuses. Maison après maison, rue après rue, mort après mort.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Fin septembre 1915 arrive. Depuis le mois de juin, le front n’a pas progressé de plus d’un kilomètre. Les Français sont maîtres des défenses du village en ruine, ils ne sont pas très loin de déboucher dans les faubourgs miniers, mais depuis les buttes à l’Est, les Allemands les tiennent sous leur feu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Le front est empêtré dans les mêmes tranchées, les mêmes bois&amp;nbsp;; les mêmes points reviennent inlassablement au Journal de marche et d’opérations qui tient la scrupuleuse comptabilité du massacre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Le régiment reçoit deux renforts, le 30 septembre et le 3 octobre. Amédée Cognet était l’un de ces hommes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il est jeté dans une guerre de fourmis. C’en est fini de la percée. Sur la carte brunie, la guerre a renommé l’espace, elle l’a annexé, conquis, mangé. Il n’y a plus de route, rien que le «&amp;nbsp;boyau de la route d’Arras&amp;nbsp;». Depuis le Bois 5, le Bois 6, le Bois des Boches, il mène à la Tranchée des Fils de fer et au Bois en Hache. Le PC du bataillon sera en M12. Une compagnie en K28-K22, une mitrailleuse en K18. Un semis de points, dans une incohérence à peu près totale&amp;nbsp;; des points distants de quelques mètres, à la mesure de cette guerre.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Sur une carte moderne, le bout de front que tient le régiment d’Amédée Cognet, le 158&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Régiment d’Infanterie,&amp;nbsp;va du Bois Soil, entre Angres et Souchez, au nord du village. Les bataillons en réserve se tiennent plus à l’ouest, dans les tranchées des combats du printemps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Depuis Verdrel, le cantonnement, on se rapproche du front, par étapes. On passe une nuit à la Tranchée des Saules. On finit par rejoindre, en colonne par un, dans les boyaux taillés dans la boue, la Tranchée des Fils de Fer ou bien l’ouest du Bois en Hache. Car l’Est est aux Allemands. De là, on est dominé par les collines, Lorette que l’on a prise, Vimy qui ne l’a pas été, et la cote 109 qu’il va bien falloir prendre. Parce que de là, les Allemands dirigent le tir de leurs batteries sur nos lignes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Amédée est là, en première ligne, avec sa 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Compagnie, pour la première fois avec son nouveau régiment.. Des hommes qui, au printemps, ont enlevé l’éperon de Lorette. Qui, depuis des mois, sont rivés à ce pays de cauchemar, dans le manège infernal des relèves, on s’en va, on s’en retourne au front. Qui savent ce qu’a coûté chaque pas vers le sud-est et devinent ce que coûtera la prise d’un bois, d’une pente. Dans le bois ravagé, dans la grande tranchée, la nuit est longue&amp;nbsp;: l’ennemi est là, tout proche. Parfois, il attaque. Il a attaqué, le 7 octobre, et le 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; bataillon l’a repoussé. Les Allemands ont surgi de l’obscurité, on s’est fusillé, on s’est grenadé avec sauvagerie dans la nuit. «&amp;nbsp;L’attaque a été victorieusement repoussée.&amp;nbsp;». Quelques morts, quelques blessés, quelques disparus, une médaille. Des vies déchirées, des familles sous le choc. La lisière du Bois en Hache est toujours entre nos mains.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Parfois, ce sont les Français qui attaquent. On a avancé de cinquante mètres, trouvé ici une tranchée détruite, seulement occupée par quelques cadavres. Là, fait des prisonniers. Le front a progressé jusqu’au point M8. De là, ordre de fouir des sapes vers K23, avec une tête en T, sur vingt-cinq mètres. Et des hommes creusent dans la boue un demi-boyau où l’on peut se tenir couché, avec la tête en T réglementaire. Ils jettent, devant le tout, des étoiles barbelées. Le front a progressé.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;De vingt-cinq pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Les Allemands dominent la position. Ils ne se privent pas de la pilonner. On signale au PC de régiment. On vérifie le téléphone. On s’enquiert d’une possible attaque au bruit d’une fusillade dans le secteur voisin. On envoie des patrouilles vérifier si O16 est toujours tenu. Mais le plan du chef de patrouille ne porte pas de O16. Alors on rampe jusqu’au PC des voisins et on fait signer un papier, sous la mitraille. Réglementaire.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;A présent, les artilleries se répondent, car si les Allemands ont la cote 109, les Français ont Lorette et l’on se voit. Entre les deux, la cuvette, le lac de boue est arrosé, martelé, haché, écrasé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Le 14 octobre 1915, Amédée est toujours en première ligne. Il sera relevé dans vingt-quatre heures. Avec sa compagnie, il tient une tranchée qui trace, dans le Bois en Hache, comme des dents de scie. De l'autre côté du fourré, c'est l'ennemi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Le Journal de Marche et d’Opérations ne signale rien de précis, ce jour-là. Rien qui explique pourquoi le régiment a 14 tués, 47 blessés, 5 disparus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Parmi ces 47 blessés, il y a Amédée. En toutes petites lettres maladroites, on m’indique qu’il a été «&amp;nbsp;blessé par E.O. multiples, ventre, bras droit et aine, à Souchez (Pd.C.)&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Amédée est vivant. On le porte loin du front, loin de son pays aussi. On l’évacue à Saint Valery en Caux. Il a sans doute cru que pour lui, la guerre était terminée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Aujourd’hui, à Souchez, au point K22, vous verrez une belle villa. La cote 109 n’existe plus&amp;nbsp;: l’autoroute y passe et son remblai porte le tout à 125 mètres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Quelques chemins ont un profil curieux, parce que ce sont des tranchées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il y a toujours Lorette, et Vimy.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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