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<title>Cuchlainn ou l'histoire de la cruche fendue</title>
<description>Heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière !</description>
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<lastBuildDate>Mon, 16 Nov 2009 22:21:11 +0100</lastBuildDate>
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<title>Un soir</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/11/16/un-soir.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Mon, 16 Nov 2009 22:20:00 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;C'est un de ces soirs où, sans que l'on sache trop pourquoi, il semble faire plus sombre et plus froid. On n'a pourtant pas mal digéré, ni relu de vieilles lettres. On ne s'est pas regardé et trouvé vieilli dans le miroir. Rien n'est vraiment différent d'un autre soir de la semaine. Le téléphone a même sonné. Mais on ne sait pas pourquoi, une sorte de chape sinistre est là, pesante.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;A la sortie des bureaux, il faisait beau&amp;nbsp;; Lyon glissait dans un soir d'hiver, un soir de lumières dorées sous un ciel d'un bleuté léger. Rien de cet entre-chien-et-loup qui oppresse, qui panique le malade qui, ayant dormi tout l'après-midi, se réveille d'un rêve poisseux, pour découvrir le jour enfui sous une pénombre de tombeau. Non. Ce soir a débuté comme tous les autres&amp;nbsp;; mais quelque chose ne va pas. Les murs ne sont plus blancs mais blafards. On lutte&amp;nbsp;; on allume toutes les lumières&amp;nbsp;; mais elles n'apportent ni vie, ni chaleur aux pièces qui semblent, soudain, vides. Les luminaires les plus jaunes sont ternis, cadavéreux.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;On peut mettre de la musique. On choisit soigneusement les disques&amp;nbsp;; mais rien à faire&amp;nbsp;: leur chère magie n'opère pas&amp;nbsp;; en fait, quelque volume qu'on choisisse, le son est à peine audible, englouti par le vide et le silence. Comme si quelque Horla terrifiait les musiciens et que ceux-ci n'osaient plus jouer qu'en sourdine.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;On voudrait parler, mais les mots s'étranglent dans le même silence, et l'on ne trouve rien à se dire.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Comme il a beaucoup joué, le chat sommeille. On aimerait, maintenant, entendre ses miaulements, qui agaçaient tant il y a deux heures.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;On mange un chocolat, on boit un verre de vin, ce qu'on peut pour se réchauffer le cœur. Mais l'heure tourne et c'est elle qui le glace. Il est déjà vingt-deux heures. L'ombre des soucis du lendemain matin s'étend déjà, affadissant encore la pâleur morne qui règne en étouffant despote.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Même sur Internet, les conversations s'éteignent, touchées par la même ombre.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Désoeuvrement mortifère. La poésie suffoque, elle dort de ce sommeil morbide, râle de cauchemars.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Nous sommes deux - et pourtant cette torpeur glacée a nom&amp;nbsp;: solitude. Ce désert de sons, cette sécheresse de couleurs, je les reconnais. Ils m'étreignaient au crépuscule, dans mon appartement de célibataire. Rien ne brisait leur étreinte.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Musique&amp;nbsp;: Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, par Jean-Claude Malgoire. Ces éclats de trompette, ces fiers chœurs baroques sont aptes à lacérer le voile. Derrière lui, ils doivent rouvrir des horizons de nuits de décembre ruisselantes d'étoiles, de lumignons multicolores, de kaléidoscopes étincelants, sucrés comme un Noël d'enfant. On se prend à rêver de la chaleur d'un prêche de Nativité, de la joyeuse ferveur d'un chant traditionnel, ou bien moderne et rythmé, d'une communauté. De la douceur d'une table accueillante. Tout cela, c'est pour dans trente-huit jours.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Le disque enchaîne, ce n'est pas un hasard, sur une Messe de minuit, du même compositeur. De la même paix éclatante et joyeuse, des mêmes ors chaleureux. En cette nuit-là, nous nous plaisons à songer que les étoiles mêmes ont dansé.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Les murs sont plus jaunes et plus doux. Ils ont reçu une nouvelle petite tache de couleur. Nous parlons. Il est tard, mais l'ombre recule.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Charpentier deux. Peur zéro.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Automne-hiver</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/11/03/automne-hiver.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Tue, 03 Nov 2009 23:09:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt; &lt;w:WordDocument&gt; &lt;w:View&gt;Normal&lt;/w:View&gt; &lt;w:Zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt; &lt;w:HyphenationZone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt; &lt;w:DoNotOptimizeForBrowser /&gt; &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;A peine le temps de vivre l’automne, et nous voilà déjà en hiver.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;J’exagère. Cette année, l’automne s’est bien annoncé. Le jour de la rentrée des classes avait pris soin de se parer de son costume traditionnel, dans tout son folklore&amp;nbsp;: il faisait gris, humide et froid, l’un de ces temps où l’on frissonne du plaisir tout simple d’être douillettement assis du bon côté de la vitre où la pluie crépite – même sous les mornes néons d’une salle de classe. On regarde au-dehors les marronniers qui jaunissent, et finalement, la date de la mort de Louis XIV rentre un petit peu plus facilement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Nous avons même eu des couleurs. Cette année, le feu d’artifice de jaunes, d’orangés et de rouges cuivrés n’a pas fait long feu. Le soleil déclinant a su les accueillir, chaque jour différents, et c’est au-dessus d’une colline de Fourvière toute tissée d’or qu’un beau jour, nous avons remarqué que la lumière était devenue une authentique lumière d’automne. Vous savez, c’est un peu le même bleu profond qu’en été, mais les façades pastel sont baignées de rayons plus jaunes, plus obliques, plus doux. Les couleurs, alors, sont d’une chaude richesse&amp;nbsp;; et puis le vent se met au sud. Il dévoile quelques heures les Alpes, proches à les toucher&amp;nbsp;; et tout Lyonnais sait que ce n’est pas très bon signe. Le ciel n’en finit plus de s’embrouiller de longs filaments gris, qui s’enchevêtrent et s’enroulent, jusqu’à recouvrir tout l’horizon d’un feutre épais et morne. Le lendemain matin, le soleil s’en extirpe avec peine&amp;nbsp;; il découpe la silhouette des sommets, bleu d’ardoise sur un fond d’un rouge terne ou d’un jaune brûlant, mince déchirure, vite recouverte, étouffée par la grisaille. C’est un jour morne comme un lendemain de fête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Puis le vent oblique à l’ouest, déverse sur la ville un carrousel de nuages éperdus, sombres comme un soir de décembre, les déchire – et le ciel se rouvre&amp;nbsp;: un peu plus clair et un peu plus froid.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Il y a quelques jours, du haut de l’esplanade de Fourvière, j’ai regardé les Alpes, rosies par le soleil couchant, se laisser paisiblement voiler par une brume couleur d’ardoise et s’abîmer dans la nuit. Au pied de la colline, dans l’air limpide, les feux des files de voitures, les éclairages urbains scintillaient comme des étoiles une nuit de grand froid. Le lendemain, mon trajet de retour quotidien s’effectua dans la nuit&amp;nbsp;; je retrouvai la basilique illuminée de fauve, la tour écarlate&amp;nbsp;: c’est l’hiver.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Là-haut au sud-ouest, dans les Monts, ou sur le plateau qui s’incline vers l’ouest et le Forez, les bois déguenillés ne retentissent plus de la chute sourde des bogues des châtaignes. Le pas écrase des feuilles humides et glacées sur les chemins aux ornières millénaires. L’oreille exercée perçoit un tintement métallique cadencé comme une comptine, l’œil repère trente petits fuseaux noirs contre la voûte de plomb&amp;nbsp;: venus des taïgas lointaines, les Tarins sont de retour. Un son plus grinçant révèle le Pinson d’Ardenne. Le plateau déroule ses lourdes croupes, ses buttes coiffées d’un bois ou parfois de l’église d’un tout petit bourg. Mosaïque de prés et de champs, toile des chemins de mille ans, ponctués de mille croix. Au sud, les crêtes puissantes du Pilat. Vers l’ouest, les hauts du Forez barrent l’horizon&amp;nbsp;; mais là-bas au loin, une forme bleutée plus abrupte intrigue, lointaine&amp;nbsp;: n’est-ce pas là le Mézenc&amp;nbsp;? Plus près, tout autour, un monde de villages et de collines emplit l’espace. Nous sommes bien dans le Rhône&amp;nbsp;: et pourtant, le silence. L’écologue rabroue le poète&amp;nbsp;: cultures, prairies, hameaux, certes, ce n’est pas la nature&amp;nbsp;! Tenons-nous en à la campagne. On peut même montrer au poète, là-bas sur le toit, cette petite forme ronde&amp;nbsp;: la Chouette chevêche veille sur son domaine.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;La route du retour est parfois difficile. On a beau ne plus être l’enfant qui demain matin, reprendra le cartable et la route de la cour grise et sans arbres, la redescente du plateau a des allures de retour de vacances. Allons, Coise, à samedi prochain.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Maudite hypervigilance</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/10/18/maudite-hypervigilance.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Sun, 18 Oct 2009 20:58:48 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt; &lt;w:WordDocument&gt; &lt;w:View&gt;Normal&lt;/w:View&gt; &lt;w:Zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt; &lt;w:HyphenationZone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt; &lt;w:DoNotOptimizeForBrowser /&gt; &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il y a longtemps que je n’avais plus blogué sur mon cortex malade et ses ruminations d’ours en cage. Est-ce utile&amp;nbsp;? après tout, ce n’est pas forcément inutile non plus.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Connaissez-vous l’anxiété&amp;nbsp;? sans doute, si vous suivez ce blog depuis 2007. C’était sa toile de fond. L’anxiété est en moi, tapie, et elle se cherche une proie. Elle choisit un sujet favori, et me le désigne&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ici, se trouve une menace&amp;nbsp;! Inquiète-t-en, ne relâche pas un instant ta surveillance, ne l’oublie jamais&amp;nbsp;! la catastrophe peut surgir, là, et te plonger dans un enfer.&amp;nbsp;» Et je ne sais pas lui désobéir.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Elle se trouve les sujets les plus délirants. Le courrier, qui pourrait apporter quelque recommandé sinistre. La santé d’un animal de compagnie. Ou tout autre sujet du même acabit. La seule originalité est qu’il n’y en a, habituellement, qu’un à la fois&amp;nbsp;: mais il emplit l’espace comme un liquide glacial montant dans une colonne de verre remplie de pierres. L’hypervigilance inquiète pénètre tout, rétive à toute raison. Je peux bien me répéter à l’infini qu’il n’y a pas de problème, rien à craindre, ou rien de sérieux. Que ma peur est irrationnelle. Rien à faire&amp;nbsp;: elle s’éloigne quelques minutes, puis revient à la charge. Dès que le signal rassurant s’est éteint, la revoilà.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Elle interdit de se libérer. Elle interdit de penser à autre chose, et penser autrement ne l’effraie pas. Surtout, elle interdit toute anticipation positive. Aujourd’hui, maintenant, ça va, mais demain&amp;nbsp;? mais dans une heure&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Alors, chaque soir, chaque matin, je sais qu’elle va revenir. Je ne peux la fuir&amp;nbsp;: elle est en moi.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Elle me fait surtout honte. Je pourrais si aisément me dire que tout va bien&amp;nbsp;; que les problèmes les plus graves sont réglés, ou sous contrôle. Mais non. Un autre, bénin, stupide, occupe tout l’espace.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;C’est un tyran qui est là, en moi. Un bout de moi en tyrannise un autre. Il s’est juré de ne pas le laisser en repos, de lui retirer tout droit au lâcher prise. Il exige de lui, j’exige de moi de tout contrôler, tout surveiller, sans cesse. Laisser couler serait le crime immédiatement puni, qui inspire une terreur superstitieuse. Comme carotte, ce mauvais maître accorde de brefs répits&amp;nbsp;: un signal rassurant, montrant que «&amp;nbsp;pour une fois, ça s’est bien passé&amp;nbsp;», offre une telle bouffée de soulagement, un si brusque accès de paix intérieure – qu’on en vient à le rechercher. On tourne en rond, on perd le sommeil en attendant ce moment, qui prouvera qu’ouf&amp;nbsp;! pour quelque temps, on a échappé au pire anticipé d’une manière aussi tenace que floue…&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Une demi-heure plus tard, la peur a repris ses droits et domine…&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On se briserait pour s’extraire ce poignard, on s’arracherait la peau pour en adopter une à laquelle n’est pas collée cette horreur qui gâche les meilleurs moments de la vie. Et se trouve toujours un nouvel avatar.&lt;/p&gt;
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<title>Vacances, tableau de 1984</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/08/15/vacances-tableau-de-1984.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Sat, 15 Aug 2009 00:07:00 +0200</pubDate>
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&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Il y a de cela des années, je passais mes vacances en famille à la montagne. Nous partions dans les Alpes pour un mois. C’était courant à l’époque. Pour nous, c’était tout le mois d’août, car l’usine qui employait mon père fermait à ce moment-là. Ce n’était pas rare non plus, en ce milieu des années 80. Trois heures et demie de route nous menaient dans un Ailleurs au bout des lacets interminables du Lautaret, dans la voiture écrasée de soleil, alourdie d’une quantité de bagages qui, la veille, emplissait le couloir. Chaque année, c’était un miracle renouvelé que le chargement tînt dans la R14, puis la R9 – en s’aidant d’une galerie tout de même.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Après un mois d’ennui à la maison, la nuit du grand départ je ne dormais généralement pas beaucoup, surexcité par les mille rituels qu’impose une si longue absence. Tôt le matin, on descendait, «&amp;nbsp;à la fraîche&amp;nbsp;» fixer les barres sur le toit et charger, savamment, méticuleusement. Puis on partait. On prenait l’autoroute des Alpes, et c’était presque la seule fois de l’année, aussi, encore aujourd’hui, me parle-t-elle des vacances, de toute la force de l’évasion vers l’ailleurs très-lointain de l’enfance, quand je devine au-delà de son tracé les montagnes bleues dans la brume. Si vous arpentez parfois l’Est lyonnais, vous connaissez cette lumière du plein été. Il fait à peine frais&amp;nbsp;; un cyan poussiéreux emplit l’espace et annonce la chaleur qu’il faut fuir, fuir vers les cimes là-bas, les vallées ombragées, les torrents. C’est un temps à partir. Alors on part. On se plaît à voir le décor s’accidenter, s’élever, on prend soin de noter le passage aux diverses balises, surtout quand le trajet dépasse deux heures et devient long quand on a huit ans. Grenoble, Bourg d’Oisans, l’interminable montée, les premiers sommets des Ecrins. La longue descente vers Briançon – on se croit arrivé et on ne l’est pas encore. Soudain, les montagnes s’écartent, dévoilent la citadelle&amp;nbsp;; Briançon, ce sera «&amp;nbsp;la ville&amp;nbsp;» pendant un mois, aussi, on reconnaît toutes ces montagnes, on les regarde «&amp;nbsp;se mettre en place&amp;nbsp;», entendez par là qu’on retrouve les angles sous lesquels on avait, l’an dernier, et on aura, un mois durant, l’habitude de les voir. Et c’est comme un visage connu, une montagne, sa forme a presque une expression, tant elle est familière, aussi attend-on avidement de la voir «&amp;nbsp;bien placée&amp;nbsp;». On allait s’installer et jouer à vivre là. Pour un mois, mes parents m’inscrivaient même à la bibliothèque municipale.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Il ne reste plus qu’à attraper la vallée de Névache, ou de la Clarée, que les villages s’égrènent – la Vachette, le Rosier, Val des Prés. On retrouvait une maison grise, où l’on allait, un mois, vivre dans un appartement à l’ameublement spartiate. Lits de fer, tables de camping, placards de métal, pas de télévision, ni de lave-linge. Nos modernes gîtes au plus modeste épi rougiraient devant ce confort rustique, mais au moins, le prix était accessible. En contrebas, un pré descendait jusqu’au torrent où l’on pouvait jouer. La petite scierie d’en face nous approvisionnait sans fin en morceaux d’écorce que quelques coups de canif transformaient en bateaux. Le torrent roulait des eaux fraîches et limpides, qu’un peu d’écume liserait d’argent. On pouvait marcher dans son lit sur les grosses pierres moussues, jusqu’à ce que l’eau envahisse les bottes. Il fallait avancer loin avant qu’il fût dangereux de poursuivre, de tenter, par exemple, la traversée. Les jours d’orage cependant, la Clarée rappelait qui elle était, gonflait, et devenait uniformément d’un ocre boueux opaque, comme une coulée de boue. Ces jours-là, défense de s’approcher, moins par sûreté que par respect. Déçu, on attendait le lendemain qui rendait immanquablement le torrent purifié – comme si rien ne s’était passé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Déçu, car un jour de pluie, c’était un jour sans marche, ni devoirs de vacances&amp;nbsp;! Le rythme était ainsi&amp;nbsp;: un jour marche à la journée, un jour repos, courses à Briançon, où l’on espérait toujours quelque joujou – et surtout, les célèbres, les terrifiants cahiers Passeport. Mais s’il pleuvait le jour de balade&amp;nbsp;? et bien, on ne se levait pas à l’aube, on ne montait pas, on n’enfilait pas les lourdes chaussures de marche et la journée était libre. Libre d’inventer jeux et jouets avec les moyens du bord, faute d’avoir pu trop en emporter. Je n’ai sans doute pas su profiter assez, comprendre ma chance d’avoir arpenté tant d’alpages, escaladé ces cols, longé ces lacs et vu tant de fois le panorama bien connu sur la chaine des Ecrins. De compter les marmottes par dizaines et de ne même plus m’étonner d’un chamois. Mais bon. Pour moi qui n’étais pas très sportif, le mont Thabor, ses 3178 mètres, ses mille deux cent mètres de dénivelé, à huit ans à peine sonnés, ce n’était tout de même pas une sinécure. Je pourrais parler aussi de ce chemin poursuivi «&amp;nbsp;allez, plus qu’un lacet&amp;nbsp;» qui nous mena d’un col à un pic à plus de 2800 mètres, ou bien du pique-nique où l’on découvrit, au pied du glacier, à «&amp;nbsp;deux mille sept&amp;nbsp;» bien sonnés, qu’on avait oublié les cuillères. Mais je crois qu’on m’en voudrait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Mais tout a une fin en ce monde, et si j’ai ouvert ce fichier, c’est parce que nous sommes presque le Quinze août. Qui est, qui était déjà alors le début de la fin de l’été. Pour nous qui n’étions là que depuis dix ou quinze jours et encore là pour au moins autant, il fallait bien constater que quelque chose s'en allait. Les touristes se pressaient soudain moins nombreux dans la Grande Gargouille de la Ville haute&amp;nbsp;; les animations, les événements à leur intention se raréfiaient implacablement. Le risque de voir la balade compromise par la pluie grandissait, on se retrouvait parfois trois jours réduit à l’inaction, regardant sur le pas de la porte les crêtes familières jouer à cache-cache dans les nuages gris, découpant soudain une arête, une ligne d’arbres – et redisparaissant. Parfois même, nous avions trouvé le fond de la Vallée soudain blanchi par une neige nocturne en altitude. Il ne restait qu’à attendre autour du radio-cassette gris, qui diffusait sans fin Jean-Michel Jarre ou Tchaïkowsky enregistré sur Radio Fourvière au long de l’année. Au cours d’une sortie, on découvrait dans une prairie les premières colchiques, et quelques feuilles jaunies en lisière. Les mélèzes semblaient se racornir et les alpages se dessécher. Oui, du ballet des hommes comme du menuet feutré de la nature, on évitait difficilement la sensation que quelque chose était passé, s'était refermé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Un été de plus. La fête est finie. Le quotidien reprend le pas&amp;nbsp;; l’agitation détendue de la saison touristique ici, et là, plus haut, l’explosion de la vie sous le soleil ardent, pendant les brèves semaines de chaleur. Les rideaux gris descendent lourdement, humides et froids. L’inconvénient de ces vacances d’un mois en août, c’est que le retour coïncidait presque avec la rentrée des classes. Bien peu de temps pour ménager une transition, on se trouvait précipité des sommets grandioses à la grisaille de la cour de récré, où les souvenirs n’intéressaient personne puisqu’à l’époque, les gens normaux allaient à la plage.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;La route du retour s’était, de toute façon, chargée de donner la leçon. Au terme d’une quatrième semaine désormais dominée par le mauvais temps et les préparatifs du retour – au point que nous y renonçâmes au bout de quelques années – on chargeait, avec moins de soin et sans fièvre ni entrain. La route était plus morne que jamais. Initié à lire les altitudes dans la végétation – les feuillus, les résineux, les alpages, les glaciers – je suivais, déprimé, le retour à Lyon, le retour à la plaine, le retour au quotidien dans la baisse des altitudes des montagnes qui dominaient la route&amp;nbsp;: pas de meilleure illustration de l’implacable Déclin, de la fête verticale de l’été vers le terne flux horizontal de l’automne. La route serpente au fond de vallées étroites comme des coups de couteau, semées de hideux bourgs industriels agonisants, les mélèzes font place aux hêtres, et la carte dit la baisse, la descente, le retour vers le plat de l’habituel. Tout à coup, comme une provocation, un peu avant de déboucher tout à fait dans la plaine du Bas Dauphiné, une pancarte informe que l’autoroute franchit un «&amp;nbsp;col&amp;nbsp;» à trois cent et quelques mètres&amp;nbsp;: ultime déchéance.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Puis, la plaine&amp;nbsp;: jamais je n’ai échappé alors à une écrasante sensation de ciel vide. Après un mois au pied de hautes cimes, voici tout à coup l’horizon au ras du sol, sous le ciel dont le bleu a lui aussi jauni, jauni comme les chaumes desséchés, et terni aussi. Un bleu immense qui crie que cette fois c’en est fini. On n’est pas Alpin, on est de retour à Lyon.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Nous voici de retour. Vite, on décharge, avec une espèce de fièvre à clore, à apurer les comptes et tirer les traits. On se fabrique une fausse exaltation du nouveau départ de la nouvelle année, mais on sait bien que demain sera banal, comme ne le sont certes pas les jours qui se déroulent au pied de la Meije. Le dimanche suivant, on joue encore à faire comme si ce n’était pas fini. On part en balade, aussi. On met les chaussures et on enfile les sacs à dos, les mêmes. On monte, et on admire un paysage. Il n’y a pas de glaciers, pas de lac, pas de marmottes, pas de torrent, peu de dénivelé. On a écrasé, déjà, des monceaux de feuilles mortes et joué à cache-cache avec l’averse. On a remarqué les ornières creusées dans la pierre du très vieux chemin et les premières bogues de châtaignes. L’humus noir sent le champignon. On fait semblant d’être aussi heureux qu’il y a une semaine. Mais on sait que les mois gris commencent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;D’ailleurs, pour mardi, il faut préparer le cartable en cuir, je rentre en CM1.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Une note dépourvue de sens</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/07/30/une-note-depourvue-de-sens.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Thu, 30 Jul 2009 23:03:00 +0200</pubDate>
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Pas discrète, d’ailleurs, elle proclamait au coin d’une rue, en douze pieds par neuf, que désormais le sucre était rond.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Je ne sais pas si vous prenez la mesure de la révolution.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;J’ignore si on a invoqué, avant de commettre l’irréparable, les mânes de l’illustre inventeur du sucre, ce grand homme dont tant de rues perpétuent la mémoire, j’ai nommé le docteur Roux. Quoi&amp;nbsp;? vous n’avez jamais entendu parler du sucre Roux&amp;nbsp;? Il est presque aussi célèbre que l’eau Pinel. Oui, tous les Lyonnais le savent, pourquoi un boulevard Pinel&amp;nbsp;? mais voyons, parce qu’il a inventé une eau qui coupe la soif, et qui fut donc nommée l’eau Pinel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Maintenant, étudions les conséquences du phénomène. La première, c’est que l’usage du sucre comme domino cascade sera sérieusement compromis. Jamais on ne fera tenir au garde à vous tous ces petits cylindres plats, et ne comptons pas provoquer, d’une chiquenaude, leur bascule synchronisée. Ça partira dans tous les sens et le grand feu d’artifice, tel qu’on en voyait autrefois dans une réclame, restera à l’état d’hypothèse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Une conséquence plus immédiate sera l’épineux problème de l’emballage. Représentez-vous la chose&amp;nbsp;: que d’angles morts, que de place perdue désormais dans les boîtes ornées de perruches&amp;nbsp;; fini, le bel ordonnancement des impeccables dominos, encastrés à la perfection d’un cimetière militaire de l’Artois. On achètera des rouleaux de sucres, que l’on rompra sur les coins de table, et bien entendu, ils cherront, et rouleront (c’est le principe) sous les tables, les buffets, sous les acclamations des blattes et souriceaux qui goûteront enfin au plus petit des grands plaisirs. Et dans les camions&amp;nbsp;! combien en faudra-t-il de plus pour acheminer une même quantité de saccharose sur nos tables. L’affaire n’est pas du tout écologique et je proteste avec énergie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Je vais, de ce pas, créer un groupe Facebook «&amp;nbsp;Contre le scandaleux gaspillage que constitue le sucre rond&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;__________&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;(J’ai un collègue blogueur qui intercale toujours ces petites lignes entre ses paragraphes. C’est très classe. Ça donne une telle gravité pince-sans-rire au saut de ligne qui suit la chute du calembour. Tiens, j’en profite pour me demander comment il peut exister une chute sans &lt;i&gt;gravité&lt;/i&gt;. Isaac Newton acquiesce avec vigueur.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Cet après-midi, j’ai parcouru les rues de ma ville et j’ai dû, en bon mari, accompagner mon épouse dans plusieurs boutiques de fringues, et une de godasses. Ce genre de tournée est l’occasion de bénéficier d’une programmation musicale qui me laisse toujours pantois. Est-ce une radio, ou d’inlassables compilations qui peuvent diffuser en boucle, sans prendre le temps de respirer, ces morceaux qui commencent par un rythme de percussions aussi original que le halètement d’un tracteur à l’arrêt, avant que ne se répande sur cette trame, comme une fuite d’huile, la voix d’un quarteron de succubes anorexiques de supermarché qu’on imagine onduler, lascives, fières d’incarner les mille tentations d’une Californie décadente pour préados&amp;nbsp;? C’est ainsi&amp;nbsp;: il existe une production assez abondante de ces dégoulinures subversives comme la bannière d’un poker en ligne pour inonder non-stop l’ensemble de ces magasins, avec une efficacité commerciale douteuse. Bon, honnêtement, je n’imagine pas trop Schubert interprété par Rostropovitch, en lumière tamisée, chez Pimkie. Reste que...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; font-family: Arial;&quot;&gt;Ensuite, je suis allé faire le grincheux dans une librairie. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis ce qui s’apparente à une éternité, on ne peut y entrer sans que vous saute à la poire le regard de bisangoins d’une gamine avec deux tresses et un col blanc, au centre d’une mise en page en rouge et noir. «&amp;nbsp;Les hommes qui n’aimaient pas les femmes&amp;nbsp;», ça s’appelle. On me dit que c’est bien, qu’on en a vendu des millions, avec les deux autres tomes. C’est possible. Mais aucun autre succès planétaire n’a ainsi tenu la tête de gondole de l’ensemble du parc de libraires, sans aucune exception recensée, depuis plus de deux ans. Je n’aime pas ce genre de pilonnage&amp;nbsp;: je ne le lirai pas, et je bafferais cette gniarde si je ne craignais d’entraîner la chute d’un building de bouquins rouge et noir, et de me trouver enseveli sous ses semblables. Au risque, même, de donner à l’auteur le sujet de son prochain polar.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Lumières</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/07/20/lumieres.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Mon, 20 Jul 2009 22:56:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;L’été est venu vite et le voici presque passé. Cela vous étonne ? Pourtant, regardez bien.&lt;br /&gt; Il y a bien des années, au début de la dernière décennie du siècle dernier, notre prof de philo nous avait raconté l’histoire d’un quelconque homme de lettres qui serait entré dans une boulangerie en lançant « Belle lumière, aujourd’hui ». Et ricanait à l’idée d’une réaction ahurie de la vendeuse. Cela m’avait surpris de lui, et puis je n’y croyais pas, et n’y crois toujours pas. Une vendeuse a bien le droit de voir changer la lumière de jour en jour. Surtout si elle habite Lyon, et qu’elle traverse tous les matins la place Bellecour, et regarde chaque jour comment le soleil levant frappe la Colline de lumière.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Nous étions presque mi-mai, et lorsque je faisais, moi, ce trajet, je voyais ce ciel encore printanier. Oui, au zénith, il y avait déjà quelque chose de ce bleu profond de l’été, mais plus bas, sur les collines, les immeubles se dessinaient sur un azur clair, presque cyan, léger, transparent, tout de fraîcheur – frais comme le matin pur après les averses de la nuit, comme un ruisseau ou une source.&lt;br /&gt; Mais pendant ce temps, sous un soleil déjà ardent, la végétation explosait ; les feuilles vert tendre avaient jailli comme des jets d’eau, au flanc de la colline, sur la place ou sur les quais, avaient crû, déployé leurs palmes, et depuis, chaque jour, le ton changeait, les verts devenaient chaque jour plus vifs, plus brillants, plus chauds enfin. En quelques jours à peine, le printemps déroula ainsi toute sa palette et dès le vingt mai, les feuillages avaient acquis leur ton d’été, profond, accompli. Le ciel n’avait pas encore accompli sa mue, et la lumière hésitait chaque matin entre tourbillonnant printemps et paisible été. Sur la Vierge dorée, elle tombait encore trop crue, trop froide.&lt;br /&gt; Ce fut l’affaire de quelques jours et nous avons retrouvé l’éternel second tableau de l’année. Sous un ciel immense, presque trop bleu, mûr comme un fruit, et comme lui gorgé de chaleur à en être lourd, Fourvière est blanche, d’un blanc de chaux, un blanc de poussière de canicule, un coup de pinceau doré, lui aussi, presque trop jaune et trop vif ; puis des verts d’émeraude sombre cascadent jusqu’à Bellecour, dont le sol rouge répond au bleu et équilibre toute la composition. Lyon l’été, suggérée par cinq traits de pinceau. De lourde peinture à l’huile, après la fraîche aquarelle du printemps.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Les fleuves, eux aussi, se déroulent dans le silence, aussi immobiles, aussi bleus que le ciel, et cessent bientôt de véhiculer la fraîcheur que nous étions tous allés quêter, puis guetter en vain, sur les quais dont la blancheur blesse les yeux. Belle lumière aujourd’hui. Sans doute. Les mille couleurs de nos collines brillent de couleurs plus vives qu’à aucun autre moment de l’année, écrasées de chaleur. On se prend à attendre l’orage, à espérer que crève un de ces énormes nuages, monstrueusement boursouflés, montés des quatre coins de l’horizon ; tout en sachant qu’il n’en sera rien. Il faudra plus de tumulte pour que soudain, le noir surgisse au coeur du tableau ; noir d’ardoise détrempée sur laquelle la basilique blafarde accroche un dernier rayon ; gris violacés de ces étranges mamelons tourmentés qui, soudain, crèvent en écharpes grises, déversées, tambourinantes sur les toits qui étincellent, dans un grondement. Souvent, la pluie est juste moite et tiède.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Ce matin, le ciel était bleu, et vide. Si vide et silencieux qu’on eût déjà dit un de ces petits matins des tout derniers jours d’août, ces jours qui sentent « la rentrée », c’est-à-dire la fin de la fête, le déclin et la chute d’un âge d’or si vite vieilli. J’ai levé les yeux et j’ai vu ce qui n’allait pas : les Martinets sont partis. Il en était à peine une dizaine, là-haut, taiseux fantômes. En une semaine, finies, enfuies les rondes stridentes qui transformaient le ciel en une immense scène de ballet ; finies les voltiges, finis les petits arcs noirs sifflant au ras des toits qui avaient annoncé à tous les écoliers la venue prochaine de la saison de liberté. Nous ne sommes que le 20 juillet ; l’été n’a même pas un mois, et déjà il a pris ses premières rides. Il y a déjà bien des jours que presque tous les chants d’oiseaux se sont tus. Seuls s’obstinent quelques fauvettes et pouillots, qui jouent parfois, très tôt, d’un flutiau triste. Désormais, les couleurs chaudes se feront, chaque matin, un peu plus mélancoliques. Aujourd’hui, un rai de soleil trop blanc m’a détrompé : c’est bien l’été. Mais nous allons glisser, en silence, dans le déclin, le recul des jours, le recul du comput des vacances pour les travailleurs fatigués ; la descente a commencé. Les feuillages, désormais, n’ont plus d’autre avenir que de ternir, sécher, se racornir. Un matin, nous nous dirons : belle lumière aujourd’hui ! et nous découvrirons qu’elle est plus douce, plus jaune. Qu’il n’est plus question de plages, ni de hautes montagnes où l'on touche le ciel, mais de partir dans les Monts tout proches, écraser les feuilles sèches d’un pas lourd, sentir la mousse humide, les champignons, vivre de petites évasions ordinaires, et le lundi matin, de reprendre le collier. Dans la haie, le rougegorge, couleurs à l’unisson de la forêt, sera le dernier à ciseler sa petite phrase de givre. Ce sera l’automne. Le compte à rebours a déjà commencé.&lt;/p&gt;
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<title>Le pèle-cul (2)</title>
<link>http://cuchlainn.hautetfort.com/archive/2009/05/28/le-pele-cul-2.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<pubDate>Thu, 28 May 2009 22:50:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Le pèle-cul (2)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Grande est la diversité des pèle-cul ; quant à leur fréquence, j’en ai peur : leur nom est Légion. Depuis mon précédent opuscule, je connais, qui l’eût cru, plusieurs automobilistes de bonne famille et de réputation inattaquable qui appliquent au volant la taxonomie pelcuistique, entendez par là qu’ils pensent à mon blog en écumant de rage derrière un spécimen notoire, débusqué au coin d’une départementale. Le mot va-t-il passer dans le langage courant ? j’en serais bien fier, une telle trace dans la postérité ! un Puitspelu du volant, que je serais.&lt;br /&gt; Profitons encore de ce verbeux introït pour trancher une question : non, et non, Pèle-cul ne dérive absolument pas de Peigne-cul, vous savez, cet énergumène qu’on voit parfois chez la Montalant, quand on revient, entre notaires, du bar de l’hôtel des Trois Faisans, Monsieur le commissaire. Le peigne-cul n’est qu’un vulgaire blanc-bec spotté à travers des besicles de géronte, ce qui s’accorde mal avec l’âge respectable, voire canonique d’un grand nombre de Pèle-culs.&lt;br /&gt; Revenons donc à la classification et étudions ensemble de nouveaux taxons.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Le Pèle-cul hésitant : Pelcus dubius&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Le comportement de ce modèle essentiellement urbain s’explique par le fait qu’il cherche sa route, ne possède pas de plan, ou ne sait pas le lire, mais a néanmoins, pour notre malheur, une idée approximative d’où il se trouve. Il doit tourner, par là, dans une p’tite rue à gauche, ou à droite. C’est là. Non, c’est pas là. Mais si, j’y r’connais. Mais non, c’est la rue Machin, pas la rue Truc. Oui mais la rue Machin elle tombe dans la rue Truc après. Mais là t’as un sens interdit ! Mais non, mais si. Bref. L’individu fait mine de s’emmancher dans toutes les rues qui ont l’air Machin, ou bien Truc, après avoir cahoté à vingt à l’heure depuis le dernier carrefour, en zigzaguant de droite et de gauche à l’affût d’un nom de rue – et comme ils se font rares... Je vous recommande la version trente-cinq tonnes, surtout quand elle s’immobilise en diagonale de la rue pour demander, pour la cinquième fois en cent mètres, son chemin à un passant, qui n’en sait rien, vu qu’en fin de compte, il est au mauvais bout de la ville. On pourrait imaginer de lutter contre la prolifération de &lt;i&gt;Pelcus dubius&lt;/i&gt; par la distribution massive de GPS, mais vous trouverez dans les archives de 2007 ce que j’en pense.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Le Paralytique du feu rouge : Pelcus meldensis&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Comme son nom l’indique, le nord de la Seine et Marne est un hotspot pour cette espèce. Elle est facile à reconnaître. Mis en présence d’un feu rouge, ce Pèle-cul ci, soudain frappé d’aboulie, ou d’amnésie, fera à peu près tout, sauf passer la première et démarrer. Placé derrière lui, vous le verrez gesticuler, plonger vers son rétroviseur de droite, de gauche, sa boîte à gants, sa banquette arrière, brandir son portable, régler son GPS, fourrager dans un sac, lire les cours de la Bourse à son passager, construire un château de cartes, gratter le ventre d’un raton-laveur ou autre activité enrichissante. Pendant laquelle, bien entendu, le chronomètre tourne, tourne et il ne tourne pas en faveur du vert, comme on le sait bien à Geoffroy-Guichard par les temps qui courent. Passez en revue toute la gamme des signaux ordinaires, de l’appel de phares au coup de klaxon ; disposeriez-vous même de la corne de brume du France, le Pèlecul est entré dans une dimension parallèle inaccessible aux ondes sonores et lumineuses : la Porte mystique qui le ramènera enfin sur notre terre ne réagit qu’aux feux oranges. C’est bête, hein ? Ce qui l’est encore plus, c’est que le jour où vous vous trouverez en pole position au feu de la gare de Meaux (mais que faites-vous là, malheureux ?) et lui en seconde ligne, il déclenchera le coup de semonce à feu vert plus trois dixièmes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Le parent modèle : Pelcus pater (mater)familias&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Celui-ci, vous le voyez de loin : en effet, il ne roule pas en Touinegot. Ben non, pour charrier son abondante marmaille, il lui faut l’un de ces longs véhicules que l’on nomme, dans les milieux autorisés, des Bétaillères à cathos : monospace de couleur neutre (souvent noir), récent, propret, les vitres arrières recouvertes de pare-soleil Disney fixés à la vitre par une ventouse centrale, un pendigolon Bébé à bord, un autocollant Vacances à La Rochelle évidemment, je crois qu’on a tout. Le conducteur (ou la) mène à la nounou, ou bien à l’école les merveilles du monde numéros huit, neuf, dix et onze qui constituent tout ou partie de sa progéniture. L’ennui, c’est qu’il (elle) est seul(e) au volant, puisque l’autre travaille déjà, à l’heure qu’il est ; il a pris le métro, le vélov ou plus probablement l’autre voiture, et là, c’est le drame. Que pèsent, en effet, les contingences du bitume quand à l’arrière, rayonne le soleil du sourire de Jade, vingt mois, Nathan, huit mois et Lisa, trois ans et demi ? C’est donc tourné vers l’arrière que le Pèlecul progresse, et fatalement ça ne va pas vite ; bien entendu, chaque décamètre est prétexte à un ralentissement qui va jusqu’à l’arrêt, pour tendre un jouet à l’un, gouzigouzir l’autre ou prêter une oreille attentive au troisième qui raconte comment la maîtresse, elle a dit à Titouan qu’il était pas gentil, na ! Le comportement tient donc de plusieurs des catégories déjà énumérées, en une magistrale synthèse qui écume nos quartiers chics – et même les autres – aux heures de pointe, juste après le pic de passage de &lt;i&gt;P. laborator.&lt;/i&gt; Comme conduite à tenir, il est préconisé d’établir une cartographie rigoureuse des établissements scolaires et d’éviter comme la peste les rues avoisinantes à la sogenannte Heure des mamans.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Demain, peut-être, les GPS intègreront un détecteur de pèle-cul, établi grâce à la typologie que vous avez découverte ici, faisant la fortune de son auteur, qui bloguera ainsi sur l’angoisse existentielle du multimilliardaire retiré sur une propriété fortifiée de l’Ouest lyonnais. Et après ? Oh, je ne m’inquiète pas : un petit personnage très médiatique et bien connu trouvera certainement à faire voter une loi.&lt;/p&gt; 
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