29.11.2007

Rudolf Höss, le commandant d'Auschwitz parle

Lecture : Rudolf Höss

« Le commandant d’Auschwitz parle »

Le nazisme et particulièrement la Shoah sont pour moi des sujets de profonde interrogation. Cette embardée collective hallucinante et hallucinée d’un pays industrialisé « moderne » vers les abîmes de la monstruosité semble au-delà de toute compréhension.
Et pourtant, au-delà de tous les poncifs je cherche à comprendre. Pas question d’aligner les banalités du genre « des fous », « des monstres », « des fanatiques ». Oh que non. Ce serait si simple. L’histoire de la Shoah, c’est, dit Hannah Arendt, celle de « l’impensable banalité du mal ».
Rudolf Höss est un de ces êtres banals sans qui Adolf Hitler serait resté un inoffensif agitateur de tavernes. Comme Eichmann, c’est un de ces centaines de milliers d’exécutants zélés de la Solution finale, petit fonctionnaire scrupuleux et fier du travail bien fait. Son travail : patron d’une usine nommée Auschwitz dont la matière première est du prisonnier en vie et le produit fini de la cendre humaine. Lui n’était pas à l’abri des papiers et des dossiers. Lui faisait physiquement face aux victimes jusque pendant la mise à mort. Lui n’avait pas l’excuse ou la chance de pouvoir se voiler la face sur le vrai sens d’un terme administratif ou d’un horaire de chemin de fer.
Il y a agi aussi froidement et consciencieusement que les autres.

Et sur lui, nous possédons de nombreux documents. Höss, dans sa prison, a été interrogé par des psychiatres ; il a aussi rédigé une confession, bien entendu, à décharge. On peut lire à son sujet « La mort est mon métier », autobiographie fictive basée à la fois sur cette confession et sur les notes des interrogatoires. Et cette confession dont le titre est repris dans celui de cette note. C’est d’elle que je veux parler aujourd’hui. Car Höss est un cas d’école : c’est un parfait imbécile. Un individu au cerveau grossier dont la défense est d’une naïveté « touchante ». En négatif, on retrouve ainsi les rouages du mécanisme mental par lequel cet homme est devenu le plus grand assassin de tous les temps, sans sourciller.

« Les ordres sont les ordres »
Elevé dès son enfance dans les principes de la stricte soumission à l’Autorité, de l’obéissance ponctuelle aux ordres, et du respect de l’uniforme, Höss semble n’avoir jamais élargi un horizon qui lui convenait très bien. Homme simple, il s’est satisfait d’interprétations simples que d’autres lui proposaient, passant de l’armée et des débuts du nazisme au rêve « vintage » d’un groupuscule agrarien, avant de revenir avec empressement dans le giron paramilitaire du Parti, et de la SS.
Tout au long de sa confession, se répète un leitmotiv obsédant : les ordres d’Himmler. Nul doute, jamais, que ceux-ci transcrivissent la volonté du Führer. Nul doute qu’ils ne fussent justes. La simple position de supérieur projetait Himmler, pour Höss, dans la sphère des êtres envers lesquels l’obéissance absolue était la seule attitude possible, et le moindre doute, la pire des trahisons. Himmler ordonne, Himmler exige la dureté, fustige toute forme de pitié comme faiblesse. En Höss, le soldat d’Himmler obéit, jusqu’à faire taire toute humanité. En Höss, le fonctionnaire du Reich accomplit la tâche qui lui est prescrite. Puisqu’elle est ordonnée, elle est juste ; puisqu’elle est juste, elle doit être accomplie au mieux.

« Un technicien efficace »
Et comme elle est titanesque, Höss se retranche derrière un premier blindage psychologique : il se concentre sur le côté purement technique. Il voit dans les obstacles des défis stimulants. Les pages de son témoignage sont stupéfiantes : on croit lire un directeur relatant ses efforts pour construire et développer son service, gérer ses ressources humaines, faire face à la pression du président, aux subordonnés incapables, un entrepreneur fier de son bilan : des projets finalisés, une organisation qui fonctionne et s’agrandit sans cesse, ou au contraire, navré du désordre et de la gabegie d’un service.
Le résultat de cette belle activité, la mort de masse, est à peine mentionné. « L’entreprise » prospérait, les ordres étaient exécutés, tout était donc bien. Il n’est même pas utile de rappeler ce que cela signifiait : des millions de morts et des milliers d’esclaves au travail. Cela tombe sous le sens.

« Les victimes sont méprisables »
Et face à ses victimes ? que faisait donc ce zélé chef de service ?
Ces pages-là provoquent une franche répulsion.
Höss passe en revue toutes les catégories de victimes et face à toutes, applique le même principe que décrit Primo Levi : après avoir réduit ces hommes, criminels, homosexuels, Tsiganes, prisonniers de guerre, Juifs, politiques, en-deçà des conditions les plus élémentaires nécessaires à la survie, Höss feint de s’offusquer de leurs comportements terribles dans leur lutte sans espoir et, « prenant l’effet pour la cause, les juge dignes de leur abjection » (P.L.) Ainsi les Russes que l’on laisse mourir de faim sont-ils épinglés pour leur voracité, faits de cannibalisme à l’appui. Les « Droit commun » que l’on encourage à prendre le pouvoir sur les autres détenus, pour leur sauvagerie et leur brutalité. Et naturellement, chez les plus mal lotis d’entre tous, les Juifs, Höss prétend voir dans les luttes pour les « bonnes places », le chacun pour soi, le vol... « les défauts typiques de la race ».
Sans doute les pages les plus infâmes sont-elles celles où Höss feint de se scandaliser de ce que les Sonderkommando, Juifs préposés au fonctionnement des crématoires, se soient pliés « sans rechigner » à cette tâche ignoble. Il illustre à merveille cette capacité du nazisme à souiller et entraîner avec lui dans l’abîme jusqu’à ses victimes. Höss oublie, pour commencer, que ce sont les S.K. qui, dans plusieurs camps, se sont révoltés. Il ne précise pas davantage que tout S.K. surpris à avertir les arrivants du sort qui les attendait, était jeté vivant dans le four crématoire. Enfin, qui donc est l’instigateur de cette sinistre mascarade, qui donc a désigné des prisonniers parmi les Juifs pour aider à tuer les Juifs, sous peine de mise à mort cruelle ?
Dans ces chapitres, le mécanisme par lequel Höss se protégeait est donc évident : il se complaisait à voir dans le comportement hagard d’êtres traqués de ses prisonniers, la confirmation de toutes les abominations véhiculées à leur sujet par la propagande haineuse du IIIe Reich.
Ainsi, auprès d’esprits comme Höss, le système s’auto-justifiait auprès des exécutants dont il avait un si ardent besoin. Terrible et implacable mécanique.

« Le courage de massacrer »
Dernière étape, dernière protection, dernière subversion : le renversement des valeurs. Höss obéit totalement au schéma des « Hommes ordinaires » décrits par Christopher Browning dans l’ouvrage éponyme : tout au long de son texte, il rabâche à l’envi qu’il n’était pas insensible à ce qu’il voyait, mais qu’il avait le devoir de se montrer insensible, afin de donner l’exemple à ses hommes. D’être un parfait SS sans états d’âme, exécutant sans sourciller l’ordre le plus terrible du Reichsführer. Tout au plus affirme-t-il que l’usage de chambres à gaz fut « un soulagement » car la mise à mort était moins sanglante que les boucheries à la mitrailleuse des Einsatzgruppen.
Placé face à l’horreur de ses actes, il a agi en tueur déshumanisé de peur de paraître lâche, pour complaire à une organisation qui l’y contraignait : c’est-à-dire qu’il a été, en réalité, lâche. Mais pas comme il l’entendait. Höss se voyait ferme et courageux – dans une morale monstrueusement renversée.

La fermeté, l’ardeur au travail, le devoir, trois valeurs assez universellement reconnues dont Höss a su faire preuve. Voilà ce qu’elles deviennent « livrées à elles-mêmes » quand le système qui les encadre défaille – ou bascule.

Höss, cet homme grossier, borné, était l’homme idéal pour le système qui l’employait. Par-dessus son propre système simpliste, il avait suffi de marteler quelques principes relatifs au salut et aux ennemis de l’Allemagne pour en faire un être prêt à tout.
Ce texte ne prétend pas être un travail d’historien. Ce n’est que ce que moi, lecteur lambda des « mémoires » de cet épouvantable individu, je tâche de comprendre, de visualiser en lui, et qui me semble offrir un semblant d’explication à l’inexplicable.

30.07.2007

Les petites tranches de petite vie

La tranche de vie est un genre littéraire, et cinématographique, passablement éculé. C’est d’ailleurs plus un poncif de l’évocation que de la concrétisation réelle. Quelques films célèbres, caricaturés par Gotlib, en ont dissuadé les réalisateurs. On laisse à une littérature pour enfants bon marché l’inévitable scène de l’alpiniste qui dévisse et revoit « toute sa vie défiler en quelques secondes » avant que, naturellement, un vaillant mousqueton résiste à son poids et, cinq mètres plus bas, sauve la vie de l’infortuné.

Autrement, on ne saurait pas qu’en pareil cas, on revoit toute sa vie en quelques secondes et tout et tout.

Grâce à ces miraculés et à leurs mousquetons, le genre existe, et je puis à mon tour en exploiter la veine, mais dans le désordre chronologique le plus complet. Loin des angoissants ravins alpins, je vais conter quelques-uns de ces épisodes qu’on relate entre la poire et le fromage, ou dans la queue du cinéma, introduits par « j’me rappelle toujours... »

 Episode un. Décor : un petit village quelque part sur la route entre La Rochelle et Limoges. J’y étais conduit par un collègue, et avant ce village se trouvait une longue ligne droite. Puis, à l’entrée, encadré par des pilastres vantant le fleurissement municipal, un suicidaire passage pour piétons. Une silhouette se tenait là, dans l’attente d’une fenêtre dans le pourtant fluide trafic, qui lui permît de tenter l’aventure de rejoindre l’autre rive. Aussi, mon collègue ralentit et s’arrêta pour lui céder la voie.

Nous vîmes alors un extraordinaire bonhomme, centenaire à plus de quatre vingt cinq pour cent, portant complet veston sombre et feutre noir, canne à la main, passablement voûté, s’engager sur le passage avec la lenteur majestueuse d’un chef de file des anciens combattants de quatorze un onze novembre, et nous adresser un large sourire ainsi qu’un non moins ample salut du chapeau.

De mémoire de chien de forgeron, c’est bien la seule fois où j’aie vu un salut du chapeau s’adresser dans ma direction (certes, la nôtre, plutôt, en l’occurrence). Et c’était bien, ce geste, qui tenait sans doute un peu de la surprise de voir deux « jeunes de maint’nant », si pressés, prendre le temps de céder le passage à un vieux du village ; mais aussi, et bien plus encore, d’une politesse du siècle passé, venu du salut de l’épée du mousquetaire, ou de l’étiquette de Versailles et que sais-je. Entre le conducteur et le piéton, étaient passés le courant du respect d’antan, celui où l’on se gênait pour l’autre, au nom d’usages perdus, mais par qui la rencontre de deux inconnus laissait une trace. La preuve ; six ans plus tard, alors que mon bon vieux regarde peut-être ce monde de plus haut, je me souviens de son regard, et de son chapeau.

Tranche numéro deux.

C’est un petit village isolé. Tellement isolé qu’il est abandonné. Il s’appelle Aurelle. Pour le trouver, il faut descendre, tout au fond d’un vallon, par un sentier muletier, traverser un ruisseau, et enfin, déboucher entre ses quelques maisons perdues dans le bois. Plusieurs sont en ruine. D’autres patiemment remises en état par une association. On le trouve plus facilement sur Internet que depuis la route la plus proche, car il possède la plus petite église romane encore debout, et Google répond. Un site offre donc une jolie visite virtuelle. Aurelle se trouve dans une vallée qui borde par le sud le plateau d’Aubrac. L’endroit était, dit-on, peuplé par les Ligures. Qui donc avait pu les repousser jusque dans ce repli perdu, à la terre ingrate, où ne vient guère que le châtaignier ? L’église est romane et date pourtant du XIVe, c’est dire que les idées avaient mis quelque temps à circuler. Elle offre un bel appareillage de pierre, un petit autel, des traces de badigeon jaune. Des générations de pauvres paysans ont prié là. Fiers sans doute quelque jeune fût revenu, quelque maçon passé par là pour édifier un sanctuaire, à l’austère beauté rustique, bien à l’image du petit bourg de schiste écrasé sous la lauze.

Puis ils sont allés au four, cuire un pain de seigle mêlé de châtaigne pilée, ont traîné les lourds sabots sur les terrasses désormais perdues dans les hêtres. Autour du village, ils sont les rois, ces arbres au feuillage dense, ils ont noyé la vallée, les champs, les petites rues. Çà et là, un châtaigner, énorme et noueux comme un vieux génie, borne un pré disparu. On vivait ici grâce à lui, par lui. Il demeure seul.

Quelle vie !

Depuis 1948 le hameau est déserté. Il appartient à la commune de Verlac, Verlac où se trouve le cimetière, et une autre église romane. Nous arpentions donc le vieux cimetière quand une tombe nous frappa. Quatre enfants d’une même famille étaient morts en deux ans, entre 1932 et 1934. Nous restâmes quelques instants à conjecturer les causes. Un groupe s’approcha, une septuagénaire nous demanda si nous avions ici quelque ancêtre. Non, nous nous demandions juste ce qui... « Oui. C’étaient mes frères et soeurs. De quoi sont-ils morts ? Du croup. Hé oui, en ces temps-là... »

Elle, avait connu ces temps-là, et l’épidémie qui fauche une fratrie. Elle me parut alors surgir du fond des siècles, si médiévale me paraissait la tragédie. La diphtérie frappe et tue quatre enfants dans une maison, au fond d’une vallée. Non. C’était bien mil neuf cent trente deux...

De quoi parlerons-nous la prochaine fois ?

30.06.2007

Gerland, d'un siècle à l'autre

Pour beaucoup, et c’est compréhensible, Gerland c’est un stade. Pour moi aussi, bien sûr. Mais pas seulement. Je suis de ceux qui reprennent l’outrecuidant journaliste qui évoque « le stade Gerland ». Parle-t-on du stade la Beaujoire ou du Stadio Alpi ? Il est même arrivé qu’on me demande qui c’était Gerland, ce qu’il avait fait pour la ville. Ouf ! Je me cramponne et patiemment j’explique à l’ignorant. Tout le monde i peut pas être de Lyon, il en faut ben d’un peu partout.
Gerland, évidemment c’est un quartier ; quand Tony Garnier se mêla de bâtir l’édifice, à la suite de la gigantesque halle qui porte aujourd’hui son nom, il était tout neuf, encore humide même. Il allait le rester longtemps. Il y avait aussi une grosse maison carrée que l’on appelait « le château de Gerland ». Ce fut donc le stade de Gerland.

Le quartier délimité au nord par les voies de chemin de fer, « les voûtes », à l’ouest par le Rhône, à l’est par la vieille Route de Vienne et qui s’ouvrait au sud vers de peu appétissantes usines chimiques à hauteur du Confluent, prit donc le nom de Gerland. Il y avait eu quelques hésitations, il y a plus de cent ans, quand il n’y avait guère là que des ébauches de rues, des fermes, et de pauvres baraques au milieu desquelles avaient surgi la flèche de Notre-Dame des Anges et la très laïque et républicaine école Claudius Berthelier. Sur un plan tracé vers mil neuf cent, s’égraillent dans ce polygone des chemins ruraux, un ruisseau disparu, et des noms oubliés. La Colombière, les Brotteaux rouges, les Rivières, les Cures, les Channées, n’ont même pas survécu dans un nom de rue. Il y avait la Mouche, sa gare, son vaste atelier ferroviaire, et naturellement ses chantiers où l’on construisait les bateaux-mouches – explication qui vexe fort les Parisiens. Et puis la Vitriolerie. Il y avait là une usine, et surtout, un fort. En 1900, il est déjà déclassé. C’était un puissant fort d’autrefois ; il appartenait à la ceinture édifiée dans les années 1830, et dressait dans les broteaux et les vorgines les formes lourdes de ses puissants bastions.
Quand les jeunes Lyonnais se rendent satisfaire à l’obligation nationale de la Journée d’appel de préparation à la défense, ils passent devant une massive caserne de pierre. A son fronton, il est inscrit : fort de la Vitriolerie. Et ceux qui suivent la rue des Girondins et la rue Félix Brun ne se doutent certes pas qu’ils empruntent l’ancien pourtour des fossés du fort.
La Vitriolerie subsiste encore sous la forme d’un arrêt de bus. La Mouche est encore localisée sur les plans.
C’est pourtant Gerland qui l’emporta.
C’était un quartier de rien. Pauvre et industriel. Un quartier périphérique, un quartier d’entrée de ville.
C’est là que je suis né.

En ce début des années 80, il portait encore bien des traces de son passé. Ce n’était pas très gai. Au-delà des quais de gravillons gris, des usines à l’abandon dressaient des cheminées de briques noircies. On songeait à démolir la grande halle. Au centre du quartier, de vastes îlots étaient encore occupés par des usines déclinantes, qui lentement se retiraient dans un recoin de leur propre domaine, laissant une végétation folle envahir des cours et les hangars. La boyauderie répandait à cent mètres à la ronde une odeur de tripaille et l’ancien incinérateur, par vent du sud, recouvrait voitures et balcons de cendres noires à l’hygiène douteuse.

Des immeubles banals avaient surgi dans les deux décennies précédentes ; tours, barres et cubes aux couleurs criardes ou ternes, le pied dans des espaces verts tout aussi standardisés. Pelouses interdites ou autorisées qui faisaient notre joie, bacs à sable et cages à écureuil, parkings souterrains ou surélevés ceints de murets de ciment gris... Le terrain n’était pas cher. De plus en plus seules, de plus en plus isolées, des maisonnettes rappelaient encore le quartier d’autrefois. Maisons de ville trapues entourées d’un jardinet, aux avant-toits desquelles nichaient des hirondelles ; bâtisses aux murs brunis, refuge de dizaines de Martinets, qui apportaient l’été dans le tourbillon de leurs courses et leurs cris stridents... Il en était deux, au pied de notre immeuble. Tout au fond d’un vaste jardin devenu terrain vague, l’une d’elles était occupée par une famille qui semblait y vivre comme il y a cinquante ans. L’autre, le toit éventré, n’était peuplée que de dizaines de pigeons, qui tournaient sans fin au-dessus du pâté de maisons. Devant, dans la courette remplie de gravats, se développait un magnifique rosier.
De l’autre côté de chez nous, sur le quai, une autre maisonnette aux murs sombres donnait une touche de campagne, incongrue au pied des lourdes barres de béton, le long de l’avenue que dévalaient à tombeau ouvert les laides voitures de ces années-là. Un énorme cerisier caressait le toit de sa ramure. C’étaient ses fleurs qui nous annonçaient le retour du printemps.
Du troisième côté de l’immeuble, il y avait le vaste hangar d’un transporteur. Le mur aveugle était couvert de vigne vierge. Un rougequeue chantait au pignon.
L’été, sur la pelouse miteuse, on entendait chanter des grillons.
Dans les buissons taillés au carré, de gros cétoines vert-doré arpentaient les fleurs.
Par une trouée entre deux immeubles, apparaissait le fronton de l’école orné de l’inévitable horloge, émergeant du feuillage des platanes ; un bout de village tombé là, au coeur de la ville grise.
Et de nombreux hiatus dans l’urbanisme étaient occupés par des jardins ouvriers, aux abris d’une ingéniosité anarchique. Un petit arbre fruitier, un bout de tonnelle bricolé au-dessus de vieilles chaises de bois, et chaque gamin, qui a toujours en tête mille plans de cabanes, se mettait à rêver d’un chez-lui de quatre sous.

De chez nous, au sixième étage, par temps clair, toutes les Alpes se développaient au loin. Au-delà d’immeubles qui balisaient pour moi l’extrême bord du monde connu – j’avais six ans – une dentelle bleue et blanche, qui rosissait dans le crépuscule : du mont Blanc au Vercors, un Ailleurs, aux yeux de l’enfant un éternel souvenir de vacances ; un pays de beauté, un pays de liberté sans école ni devoirs.
Ce n’était pas un beau quartier.
Mais c’est mon quartier.

Les années ont passé. Le hangar du transporteur, l’immense emprise du ferrailleur, les jardins, ont été remplacés par des immeubles fort proprets. Il y a toujours un rougequeue au pignon du bâtiment neuf. Il y a toujours des Martinets, car le vieil immeuble qu’ils occupent a échappé au génocide. Le petit restaurant est toujours à son pied.
Mais les immeubles qui sont ainsi sortis de terre nous ont, lentement, année après année, dévoré l’horizon des Alpes. Toutes les pelouses sont interdites. Les bacs à sable, peu hygiéniques, les cages à écureuil, trop dangereuses, ont disparu. Disparue, « la décharge », énigmatique enclave où, sur vingt mètres de large entre deux barres, de vieilles machines noyées de ronces nous offraient un terrain de jeux interdit – et donc, assidûment fréquenté. Disparue la maisonnette au cerisier, et celle au rosier, et sa voisine, son alter ego, sa sisterhouse. Disparus les jardins. Disparue aussi, l’échappée vers la vieille école, coeur d’un ultime noyau d’allure villageoise entre les immeubles de vingt-cinq mètres.
Disparus, les cétoines et les grillons.

Disparues les usines. De coquettes résidences, des allées impeccables, des facultés même, ont remplacé les vieux hangars. Il serait faux de dire que le quartier y a tout perdu. Des restaurants ornent une place nouvelle, le métro nous connecte à la ville, cendres et odeurs ne nous submergent plus. Un parc a remplacé les usines ruinées. Il est plus accueillant, et moins morne, mon vieux domaine. C’est vrai.
Mais il faudra bientôt de l’imagination pour se rappeler du vieux Gerland, du Gerland ouvrier, de ses bicoques aux toits de tuiles ternies, des arbres au coin des vieilles rues, et des hirondelles sous les toits. Quand l’Olympique lyonnais aura définitivement quitté le stade, les terrains proches du Port Edouard Herriot, et le vieux siège à la Tony Garnier, où la boutique se tenait dans un préfabriqué ; quand la foule n’envahira plus ces rues recalibrées, que l’odeur de saucisses grillées, le lointain grésillement des haut-parleurs, l’éclat des projecteurs ne signalera plus le Soir de match, quand on ne pourra plus dire « pour la remontée en D1, j’étais là ! Le dernier but de Kabongo, c’était dans cette cage-là ! », quand ce flot populaire aura dû migrer au loin, alors mon Gerland à moi aura définitivement changé. Une âme se sera envolée. Il en est une nouvelle. Mais il y avait, je crois, place pour toutes deux, et pourtant cela ne sera pas.

27.05.2007

L'aviation, tout simplement

Aujourd'hui, je me suis rendu à la fête aérienne de la Ferté-Alais. Il a plu. Nous sommes partis prématurément et je n'ai pas vu grand-chose. Encore moins qu'il y a deux ans où, déjà, le ciel s'était tellement laissé aller que le Spitfire, malgré toute la puissance de ses hélices contrarotatives, s'était embourbé sur la piste en herbe. Ce n'est pas très grave. L'aviation est éternelle et l'aérodrome de Cerny-la Ferté dominera encore longtemps la plaine.

Je vais donc parler de "mon" aviation. Mon aviation, c'est celle qui m'apparaît à la Ferté-Alais. Je m'y connais un petit peu. Juste le tout petit peu d'un quidam que les vieux coucous passionnent, qui sait en reconnaître un certain nombre, l'histoire de quelques-uns d'entre eux. Qui aime les voir voler. Juste ce qu'il faut pour se laisser prendre au jeu, se moquer des "envers du décor", du "revers de la médaille", regarder et rêver. Se laisser bercer par ce qui sera aux vrais connaisseurs, une collection de clichés. Mais je parie qu'il leur plaît que les gens comme moi s'y laissent prendre. Et moi cela me plaît aussi. Qu'est-ce que je risque d'y perdre ? Mon aviation, c'est juste pour le plaisir.

La Ferté-Alais, m'a-t-on dit, n'est pas un aérodrome, c'est un champ d'aviation. Sur un aéro-drome, les appareils courent. C'est du grec. Si j'ai bien tout compris, un champ d'aviation, c'est un lieu où tout est permis, si c'est de l'aviation. Lors du meeting, les avions sont alignés le long d'une seule piste. Mais à l'origine c'est un pré. Ce qui veut dire qu'on se pose dans le sens de son choix, celui qui correspond le mieux au vent. Sur l'aérodrome, la piste en ciment impose son axe, et si le vent est de travers, et bien on vole en crabe, et on subit. Quand on vole, c'est plus joli de se laisser porter par le vent que de le braver. La Ferté Alais est une île qui domine la plaine rongée par l'agro-industrie, et les "activités économiques", les dépôts logistiques géants, l'empire du camion. Une île hors du temps où l'on se plaît à croire que rien n'a changé, sous le hangar Latécoère. La Ferté Alais est un champ d'aviation : un champ où l'on cultive la légende.

L'aviation, ce n'est pas l'aéronautique et un aviateur, ce n'est pas exactement la même chose qu'un pilote. L'aviation, ce sont les temps héroïques. Les machines volantes qui s'enlèvent en crabe sous le vent de travers, dans un ronronnement clair. Deux roues à l'avant, une roulette sous la queue. Une, deux, ou trois ailes, droites. ça vole. Pas toujours bien vite. Un avion, c'est ça.

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 L'aviation est une histoire qui sent le bois, le cambouis, l'essence. Elle est artisanale, héroïque. Elle est française. La France est la patrie de l'aviation. Jusqu'en 1914, à l'exception du vol des frères Wright, toutes les premières ont lieu en France : le premier vol piloté de Farman, sur avion Voisin, la première liaison de ville à ville, les records d'altitude, les premiers passagers, les traversées célèbres. Les premières mitrailleuses sur les avions qui portent les premières cocardes, demoiselles au fuselage à claire-voie, aux ailes translucides que l'on tord pour virer. L'aviation est cocardière. Les aviateurs combattent avec panache, en uniforme élégant, volent avec grâce. Plus tard, les ingénieurs la tueront.  

L'aviation ! On ne pilote pas, on vole. L'avion est un prolongement de l'homme, ou mieux, une monture. Pas toujours facile à domestiquer. Chaque machine a son caractère, plus que ses "caractéristiques". L'aviateur l'enfourche, la prend en main, l'amène, docile, aux évolutions de son choix. De délicats biplans dansent dans le ciel. "Des Stradivarius", "des pianos de concert", nous dit le merveilleux speaker de la Fête aérienne : ce sont des Bücker 131 et 133. Ils évoluent lentement dans le chant de leurs vieux cylindres. Un tonneau lent, amoureusement fignolé; "là, c'est bien, ça rentre bien ce tonneau"... On devine les vieux ateliers, les hangars de tôle ondulée, les heures passées à démonter, nettoyer, polir les pièces brillantes bien que septuagénaires. On admire le fini de la machine, les délicats arrondis du fuselage, les mâts profilés, les hélices de bois précieux. Ces avions-là sont des monuments, des oeuvres d'art, ou plutôt, comme l'a dit le speaker, des instruments. On les fait voler comme on joue d'un violon : pour le plaisir de l'objet et de ce qu'il sait créer, par ses belles évolutions. Rapide, athlétique, ou délicieusement lent. On a le coeur étreint de bonheur, du bonheur de celui qui voit enfin de ses yeux un mythe qui a pris corps, quand on reconnaît le chant d'un moteur Merlin, ou celui plus rauque qui entraîne la silhouette légendaire d'un Messerschmitt 109. C'est l'Histoire de l'Aviation. C'est la légende.

L'avion de combat de 1940 est bien un véritable avion. L'artiste le dispute encore au technicien, Saint-Exupéry ne l'a-t-il pas piloté ? Il devait contrôler plus de cent instruments, nous dit-il. Cela tenait du clavier d'orgue plus que de Windows Vista. Sur le siège de cuir, on maniait tirettes, manches à boule, poignées de métal, tandis que l'hélice vous vissait dans l'océan d'un ciel de printemps. Avant de plonger dans le mortel ballet des poissons fous. Piqués, renversements, glissades, dérapages brutaux, tandis qu'à la sarabande des moteurs s'ajoutait le claquement des armes automatiques. C'est l'escalade. La mitrailleuse du Nieuport Bébé, et son chargeur de quarante-sept balles, sont devenues quatre, six, huit, aux bandes de mille projectiles traçants; puis un, deux, quatre canons de vingt, de trente millimètres; un roulement de tambour sous le capot a succédé au cliquetis des pétoires; on ne tire plus de vingt mètres mais de deux cents. Mais, comme au temps de Guynemer et de Fonck, on tombe encore du soleil, on place son avion dans l'axe de l'ennemi, pour déchirer la pureté du ciel d'une brève rafale. On danse toujours. On ne clique pas. De vrais hommes dans de vraies machines volantes se livrent des corps à corps. Quand la paix sera revenue, on volera ensemble. Car l'important, ce n'est pas de tuer, mais de faire voler les hommes en des machines, puisque, décidément, ils ne savent pas voler sans.

L'important, c'est de voler. Je ne sais pas piloter, et ne saurai jamais car j'ai peur. C'est du sol que j'admirerai la beauté du vol de l'avion. La pureté de ses lignes et le coeur de celui qui manie le manche. Qui se pénètre du respect, et du ciel, et de l'avion. L'aviation, c'est se risquer dans un milieu qui n'est pas le nôtre, et y rester le temps que l'on s'est fixé. Cela nécessite du respect; des rites et des sacrifices. Comme les longues années qui font revivre un vieil avion, retrouvé comme épave, et qui aujourd'hui inscrit de nouveau sur fond de ciel le galbe de son fuselage, tandis que chante son hélice.

Regardez ce Dewoitine D37. Comme son frère, que l'on voit souvent en meetings, aux couleurs suisses, c'est un de ces merveilleux avions du tout début des années trente. On ne marche pas encore vers la guerre, et l'aviation triomphante s'adonne au sport. L'homme vole, sur ces biplans ou monoplans parasol ventrus, tirés par un gros moteur en étoile dont les cylindres à nu étincellent. Admirez la courbe du fuselage rebondi, la pureté parfaite de l'aile posée, comme sur un jouet d'enfant, sur le poisson tout argenté. L'énorme moteur refroidi par air complète la ligne d'une beauté désuète. On est si loin des flèches bardées d'électronique, qui s'exécutent à cent cinquante kilomètres d'un clic sur une cible clignotante. Loin des bureaux de recherche développement, de la CAO, des images de synthèse et des modèles numériques, de l'optimisation des flux et de termes que je ne connais pas. Et pourtant. Regardez bien. De chaque côté de l'appareil, deux haubans entrecroisés relient entre eux les mâts qui soutiennent l'aile. On ne la voit pas sur la photo; mais quand vous verrez l'original, allez voir. Au point de croisement de ces haubans, ils sont reliés par une sorte de poulie. Une petite poulie de bois grosse comme deux noix. Cette poulie est impeccablement profilée en goutte d'eau. Je veux l'imaginer usinée à la main, délicatement, et si ce n'est (sans doute) pas le cas, qu'importe : voyez quelle recherche. Il y a une poulie en bois pour tenir les haubans de l'aile. Mais une poulie aérodynamique. Parce que l'aviation, c'est du travail soigné. C'est la main de l'artisan qui prendra tout le temps nécessaire pour bien faire.

C'est ainsi que l'homme vole en aimant voler. Bientôt, on ne pilotera plus. On s'assiéra comme dans un bus, dans une machine automatique qui nous translatera en ligne droite. Il n'y aura plus de hublots, dit-on, mais des écrans, projetant un paysage de synthèse, puisqu'on vole trop haut pour bien voir. Mais il y aura encore des avions et des aviateurs qui démarreront des hélices de bois, dans un bruit de tonnerre et une âcre fumée bleue, des Salis et des Stephen Grey, et qui voleront et qu'on regardera voler. Le coeur battra devant leurs arabesques et la mémoire de ces temps où il fallait être un peu bricoleur, un peu génial, un peu fou, et un peu sage, pour quitter le sol avec des ailes. Il y aura un speaker qui nous parlera de jeunes gens qui se tuaient en dansant dans leurs machines entre deux bancs de nuages, d'outils qui ressuscitent dans un vieux hangar un avion perdu, et de la naissance des hélicoptères qui commence quand monsieur hélicoptère invite mademoiselle hélicoptère à danser un tango. Il pleut, mais ça va pas nous empêcher de voler, il a dit. Non. Il a plu et les deux pieds dans la boue, ça ne m'a pas empêché de voler.

 

18.05.2007

C'était un soir, bataille de Reichshoffen

C’était un soir, bataille de Reichshoffen. Il fallait voir les cuirassiers charger. La suite de la chanson est grivoise. Il n’y a pourtant pas de quoi rire. Les cuirassiers de Reichshoffen se sont tous fait massacrer.

Une épopée, une fin à la française. Une des premières batailles d’une guerre entre empires, en cet été 1870, avait mal commencé. Un corps d’armée français, ébranlé par l’artillerie prussienne, était menacé d’enveloppement. Il fallait soulager la pression teutonne par une bonne charge de cavalerie. On chargea donc. Mille deux cents cavaliers lourds se ruèrent à travers un terrain agricole coupé d’obstacles, pour tomber sur une infanterie retranchée, armée de fusils à canon rayé. Non seulement les fiers cuirassiers se firent allumer presque jusqu’au dernier, mais en plus ils n’eurent pas un Prusco à se mettre sous le sabre. D’un manque de productivité à vous faire voter Sarko.

C’était la fin de la cavalerie comme arme de rupture. C’était la fin d’une façon de se battre.

C’était l’ère du feu, déversé en quantités industrielles ; industrielles comme les levées de conscrits, la production d’acier, des nouveaux fusils Chassepot et Dreyse, des canons. Les canons français étaient encore en bronze. En face, il y avait déjà l’acier de Krupp. Ce fut, il est vrai, surtout la défaite d’une poignée de fossiles dorés sur tranche, qui n’avait que peu à voir avec l’état-major du vrai Napoléon. Des calamités adipeuses aussi réactives que leur daguerréotype dans les livres d’histoire de seconde, sans qui l’armée française, même en pantalon rouge, avait ses chances. Mais ils y étaient. Le courage permet surtout aux imbéciles de mourir le front baissé vers l’ennemi. Là où c’est plus ennuyeux, c’est quand les imbéciles sont assez haut placés pour faire mourir les autres.

En 1914, la France crut donc renverser encore le cours du destin. Encore une guerre de panache et d’uniformes chamarrés. Encore une infanterie brillante, et pas seulement par le rouge du pantalon ; encore un bon fusil, de bons sous-officiers, des hommes surentraînés. Et même des généraux pas trop imbéciles, sauf que...

En face, encore de l’artillerie, et maintenant des mitrailleuses. On n’arrête pas le progrès.

Joffre, Lanrezac, Castelnau, Franchet d’Esperey et les autres n’étant pas trop imbéciles, la France eut, cette fois, le temps de réagir avant d’être battue. D’apprendre la guerre industrielle et de la remporter. En 1917, les cuirassiers combattent à pied, sans cuirasse. A leurs côtés, des chars, qui chargent. Sans plus de succès, d’ailleurs. Mais cela viendra.

La guerre est un merveilleux laboratoire ; c’est là que les peuples se rencontrent, que les idées s’affrontent, que les technologies s’inventent. C’est donc là, sans surprise, que pour la première fois, l’industrie a dévoré l’homme.

Bien sûr, la boucherie demeure. Bien malin qui peut dire s’il vaut mieux être démembré par un boulet de 12 ou l’explosion d’un obus « sabot » dans l’habitacle d’un blindé. On manque un peu de témoignages éclairés sur la question.

La guerre d’aujourd’hui est électronique, quand elle ne se réduit à l’affrontement de bandes de pillards, qui s’arrachent les ruines de bidonvilles. On égorge son frère, ou bien on tue d’un double clic.

Où sont passés les cuirassiers ?

La charge, couché en avant sur le cou du cheval, la latte haut brandie ; on hurle, pour s’étourdir, étourdir sa terreur dans l’ivresse d’une course folle vers la mort ; la sienne ou celle de l’homme d’en face, qui pense la même chose. Le choc sera ignoble, mais la charge aura été belle. L’affaire aura été réglée par les hommes.

C’est quand même curieux de se dire qu’au fond, la guerre a été l’une des premières choses que l’homme a réussi à déshumaniser. Ha oui, bien sûr, il est de bon ton de dire que la guerre est inhumaine. De se pincer le nez devant ces lignes, suspectes de faire l’apologie des boucheries au sabre. Ecrites par un objecteur de conscience, s’il vous plaît ; quelqu’un qui n’a jamais touché une arme et a peur de tout. La guerre, inhumaine ! Mais bien sûr ! Les loups se mangent-ils entre eux ? Non : la guerre est le propre de l’homme. C’est moins optimiste, quoiqu’aussi rabâché que Rabelais. C’est, nous dit Clausewitz, la continuation de la politique par d’autres moyens. Ô le bel euphémisme. Il s’agit donc de faire plier l’autre Etat. Demain, des machines s’affronteront sur un champ qui n’est plus de bataille. Et après ? Est-ce qu’il suffira qu’une armée de machines soit vaincue pour qu’un Etat jette l’éponge ? Sans doute pas. Pour ne pas prendre le risque, donc, les machines iront tuer au-delà de l’armée de machines, les hommes sans armes. Cela s’appelle le facteur psychologique. Briser la volonté de se battre.

Et bien, je préférais le temps où cela se réglait sur un champ de bataille, au choc des sabres et des casques.

Jusqu’où l’homme peut-il s’abaisser. Jusqu’où peut-il se laisser manger par ses machines.