30.07.2009
Une note dépourvue de sens
Hier, j’ai eu une révélation. Pas discrète, d’ailleurs, elle proclamait au coin d’une rue, en douze pieds par neuf, que désormais le sucre était rond.
Je ne sais pas si vous prenez la mesure de la révolution.
J’ignore si on a invoqué, avant de commettre l’irréparable, les mânes de l’illustre inventeur du sucre, ce grand homme dont tant de rues perpétuent la mémoire, j’ai nommé le docteur Roux. Quoi ? vous n’avez jamais entendu parler du sucre Roux ? Il est presque aussi célèbre que l’eau Pinel. Oui, tous les Lyonnais le savent, pourquoi un boulevard Pinel ? mais voyons, parce qu’il a inventé une eau qui coupe la soif, et qui fut donc nommée l’eau Pinel.
Maintenant, étudions les conséquences du phénomène. La première, c’est que l’usage du sucre comme domino cascade sera sérieusement compromis. Jamais on ne fera tenir au garde à vous tous ces petits cylindres plats, et ne comptons pas provoquer, d’une chiquenaude, leur bascule synchronisée. Ça partira dans tous les sens et le grand feu d’artifice, tel qu’on en voyait autrefois dans une réclame, restera à l’état d’hypothèse.
Une conséquence plus immédiate sera l’épineux problème de l’emballage. Représentez-vous la chose : que d’angles morts, que de place perdue désormais dans les boîtes ornées de perruches ; fini, le bel ordonnancement des impeccables dominos, encastrés à la perfection d’un cimetière militaire de l’Artois. On achètera des rouleaux de sucres, que l’on rompra sur les coins de table, et bien entendu, ils cherront, et rouleront (c’est le principe) sous les tables, les buffets, sous les acclamations des blattes et souriceaux qui goûteront enfin au plus petit des grands plaisirs. Et dans les camions ! combien en faudra-t-il de plus pour acheminer une même quantité de saccharose sur nos tables. L’affaire n’est pas du tout écologique et je proteste avec énergie.
Je vais, de ce pas, créer un groupe Facebook « Contre le scandaleux gaspillage que constitue le sucre rond ».
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(J’ai un collègue blogueur qui intercale toujours ces petites lignes entre ses paragraphes. C’est très classe. Ça donne une telle gravité pince-sans-rire au saut de ligne qui suit la chute du calembour. Tiens, j’en profite pour me demander comment il peut exister une chute sans gravité. Isaac Newton acquiesce avec vigueur.)
Cet après-midi, j’ai parcouru les rues de ma ville et j’ai dû, en bon mari, accompagner mon épouse dans plusieurs boutiques de fringues, et une de godasses. Ce genre de tournée est l’occasion de bénéficier d’une programmation musicale qui me laisse toujours pantois. Est-ce une radio, ou d’inlassables compilations qui peuvent diffuser en boucle, sans prendre le temps de respirer, ces morceaux qui commencent par un rythme de percussions aussi original que le halètement d’un tracteur à l’arrêt, avant que ne se répande sur cette trame, comme une fuite d’huile, la voix d’un quarteron de succubes anorexiques de supermarché qu’on imagine onduler, lascives, fières d’incarner les mille tentations d’une Californie décadente pour préados ? C’est ainsi : il existe une production assez abondante de ces dégoulinures subversives comme la bannière d’un poker en ligne pour inonder non-stop l’ensemble de ces magasins, avec une efficacité commerciale douteuse. Bon, honnêtement, je n’imagine pas trop Schubert interprété par Rostropovitch, en lumière tamisée, chez Pimkie. Reste que...
Ensuite, je suis allé faire le grincheux dans une librairie. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis ce qui s’apparente à une éternité, on ne peut y entrer sans que vous saute à la poire le regard de bisangoins d’une gamine avec deux tresses et un col blanc, au centre d’une mise en page en rouge et noir. « Les hommes qui n’aimaient pas les femmes », ça s’appelle. On me dit que c’est bien, qu’on en a vendu des millions, avec les deux autres tomes. C’est possible. Mais aucun autre succès planétaire n’a ainsi tenu la tête de gondole de l’ensemble du parc de libraires, sans aucune exception recensée, depuis plus de deux ans. Je n’aime pas ce genre de pilonnage : je ne le lirai pas, et je bafferais cette gniarde si je ne craignais d’entraîner la chute d’un building de bouquins rouge et noir, et de me trouver enseveli sous ses semblables. Au risque, même, de donner à l’auteur le sujet de son prochain polar.
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